dimanche 13 octobre 2013

Appartement à louer

(Kiadó lakás)
extrait de Ciel et terre, d'après la traduction allemande d'Ernö Zeltner

Je passe devant notre maison de Kassa et je vois à une fenêtre du rez-de-chaussée l’avis manuscrit « Appartement à louer ». Le concierge me conduit au premier étage, il a toutes les clés. Oui, dit-il, l’appartement est vide, il est à louer, et il ouvre la porte sur la grande salle à manger.
Quand nous en étions partis, la maison où j’avais passé mon enfance avait été vendue aux enchères et un ramoneur avait emménagé dans l’habitation. Lui-même se servait des pièces du bâtiment sur le jardin et désirait louer les beaux locaux d’habitation. Sans un mot je regardais autour. Ici c’était la salle à manger, la partie la plus haute, avec des colonnes et des arcs, d’où un escalier conduisait dans la grande salle basse marron, où se trouvait le poêle de faïence. De là on pénétrait dans la pièce sombre, la chambre à coucher du père, cette grotte secrète, un genre de caverne de chef indien avec des dessins de buffles sur les murs, puis la grande pièce sur la rue avec les murs à arcades, le beau sol et les niches noblement arquées dans le mur pour la bibliothèque. Tout cela est maintenant vide et serait à louer. Je regardais intéressé autour de moi, le chapeau et les gants dans la main gauche, et posais quelques questions factuelles au concierge.
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samedi 5 octobre 2013

Un nouveau roman de Márai traduit en français

A paraitre en novembre, chez Albin-Michel
Les mouettes
traduction de Catherine Fay

Un roman qui dans le temps (1943) se situe entre "Les Braises", le livre qui a donné à Sándor Márai sa notoriété en France et un autre chef d'œuvre "La sœur" dont la traduction est parue il y a deux ans.
 
On y retrouve l'art de la conversation, envisagée presque comme un combat, qu'affectionne Márai. Deux êtres étrangement liés par une ressemblance se (re)trouvent dans un Budapest à côté de la guerre. Un Budapest tout de même englué dans le conflit mondial, dans lequel chacun des deux est impliqué d'une certaine manière.
 
Ambiance hivernale, glaciale, nocturne. Un roman en noir et blanc où Márai fait une fois encore preuve de son grand talent pour décortiquer les ressorts intimes des hommes et des femmes.

mardi 10 septembre 2013

Un jour à Kassa

(Egy nap Kassán)
extrait de Ciel et terre, d'après la traduction allemande d'Ernö Zeltner

Maison de l'enfance de S. M.
à Kassa**

Un jour je suis pourtant allé à Kassa, avec l’express, comme on va à Szeged ou à Makó, sans excitation particulière ni émotion intérieure : en route j’ai lu le « Journal » de Green et m’y suis absorbé ; ce que je lisais m’intéressait plus que le trajet ; le train s’est arrêté et je suis descendu à Kassa sans passeport ni visa*, j’ai traversé le petit bosquet entre la gare et la ville et me suis trouvé une chambre d’hôtel, j’ai flâné dans les rues, j’ai regardé les anciennes et les nouvelles maisons, je suis allé à l’immeuble où nous avons vécu pendant une période, et sous la voûte sombre qui relie l’entrée avec la cour volaient des chauve-souris, au premier étage de la maison je suis resté devant la fenêtre, c’est ici que sont nés mes frères et ma sœur, j’ai pris l’escalier que mon père descendait tous les jours pendant quarante ans, le cigare à la main, bien nourri, gai et solennel,
Musée Márai à Kassa****
  je suis allé alors à l’autre maison dont l’entrée est toujours
  surmontée de nos armoiries (photo de gauche) ;
je suis allé à l’auberge, où on ne me connaissait pas, observé
la montagne où, une fois, en hiver, un chat sauvage s’était  caché dans la chapelle et où, quand la guerre*** éclata, nous vivions dans une vieille maison de campagne ; le soir je suis passé dans la rue des filles légères le long des fenêtres éclairées et j’ai dévisagé les prostituées rêvassantes qui tristes et indifférentes se reposaient dans cette marseillaise indolence et insouciance derrière les vitres illuminées des devantures, à la fin de la rue j’ai trouvé la plaque de la sage femme dont le fils était avec moi au lycée – il s’appelait Gurka – et, vers minuit je me suis arrêté devant l’église des Dominicains, au clair de lune sur la place pavée de pierres blanches, qui dans son éclat argenté faisait penser tout à fait à l’Espagne, rappelait des exécutions et le Moyen-Âge, et je pensais : « Tout est à sa place. Très beau, très juste. »

Peut-être aussi, seulement la cathédrale, l’ancienne avec sa beauté hautaine, inspirant la crainte, avec la puissante tension de ses arcs et voûtes, des colonnes et pointes, était … Complètement seul, j’étais à Kassa. Dans une cave j’ai bu du vin, puis je suis rentré à l’hôtel, j’ai baillé et ai sombré dans le sommeil. Alors j’ai vu, en rêve, pour un instant, des larmes dans les yeux, Kassa, la vraie, l’exacte – mais seulement pour un court instant.
 
* sans passeport ni visa : Kassa avait été tchécoslovaque de 1919 à 1938 et les hongrois qui voulaient s’y rendre devaient alors obtenir un visa
** photo exposée au Musée mémorial Márai (voir note suivante)
*** il s'agit bien sûr de la première guerre mondiale
**** maison où les parents Grosschmids (patronyme de Sándor Márai) ont vécu de 1913 jusqu'à leur expatriation et où est aujourd'hui installé un petit musée mémorial
 

mardi 20 août 2013

Patrouille à Kassa

Je reprends le titre d'une œuvre de Márai "Kassai őrjárat" (que je n'ai encore malheureusement pas pu lire, car il n'en existe pas de traduction dans une langue que je connaisse) pour relater ma recherche de souvenirs de l'écrivain dans sa ville natale, comme le proposait le site  hlo.hu. (voir article du 6/7/2013 

Entre deux rencontres que l'évocation de Márai ont bien facilitées (Merci Hélène, merci Eszter), j’ai laissé mon vagabondage nourrir mon imagination. Sans suivre exactement l’itinéraire que suggérait hlo.lu, j’ai croisé dans ces lieux avec le souvenir que j’avais de mes lectures de Sándor Márai.
Mais pour une lecture plus facile, je vais reprendre l’ordre suggéré par hlo.lu en y ajoutant quelques variantes.
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lundi 12 août 2013

Sensation littéraire : un inédit de Márai

Vient de paraître en Hongrie, chez Helikon l'éditeur de Márai, un inédit : Hallgatni akartam, c'est-à-dire Je voulais (ou j'ai voulu) me taire. La correspondante hongroise qui m'a signalé cette parution, me fait remarquer qu'hallgatni' peut aussi signifier 'écouter'. Délices de nos langues polysèmes !

 Ce livre, d'après Márai lui même, est une continuation des Confessions d'un bourgeois pour la période qui commence à l'Anschluss (l'occupation-annexion de l'Autriche par Hitler en 1938).
 
« Il faut encore que j’écrive un troisième tome* qui termine Confessions d’un bourgeois. Dans ces nuits sans sommeil je pense à la rédaction de ce livre », écrit-il dans son journal en 1944**.

 C'est ce projet qu'il concrétisera en 1949 - 1950, mais dont le manuscrit était resté négligé jusqu'à maintenant, et qui fait l'objet d'une parution aujourd'hui.
 
* "Les confessions d'un bourgeois" (1934) comporte deux "tomes"
** d'après mon édition allemande du journal 1943-1944 ("Literat und Europäer", Piper-Verlag, traduction de Akos Doma) c'est en septembre 1944 qu'il écrivait ces lignes, poursuivant :
"Il n'est que rarement donné à un écrivain de vivre, dans la réalité même, un grand thème qui le touche au plus profond de lui-même, de le suivre jusqu'au bout. J'ai vu, connu la bourgeoisie hongroise  dans tous ses aspects,  jusqu'aux racines, la classe dans laquelle je suis né ; et aujourd'hui je suis le témoin de sa désintégration absolue. La description de ce processus de désintégration, c’est peut-être la seule véritable mission d’écrivain de ma vie. La description du processus de décomposition des vingt-cinq dernières années. Les filtres subtils par lesquels tout véritable talent a été tamisé de manière officielle ou non officielle. L’art et la manière par lesquels toute personnalité compétitive était mâtée, effarouchée, domestiquée. Comment on avait commencé à se livrer au jeu des insignes, au jeu des tables d’habitués, au jeu des conceptions du monde. Et comment tout ça avait débouché sur du banditisme et sur le déclin absolu."

samedi 6 juillet 2013

Sur les pas de Márai à Košice – Kassa

Le site hlo.hu a publié une invitation à suivre les pas de Márai dans sa ville natale de Kassa devenue aujourd'hui Košice, capitale européenne de la culture en 2013.  En voici une traduction (le texte disponible sur http://www.hlo.hu/news/marai_in_kassa est en anglais).
 
Suivez les pas de Márai dans sa ville natale ! Une promenade dans Košice/Kassa, capitale européenne de la culture en 2013, en mémoire du plus connu de ses enfants dans le monde.
Cette année la ville slovaque de Košice – Kassa en hongrois, Kaschau en allemand - est « Capitale Européenne de la Culture » (avec Marseille). Plusieurs événements sont consacrés à Sándor Márai, certainement la plus connue au monde des personnalités nées dans cette ville. Bien que Márai fut un globe-trotter et qu’adulte il ne revint dans sa ville natale que pour des vacances, la ville joue un rôle si important dans ses œuvres que lors de sa visite à Košice, Otto de Habsbourg disait qu’il connaissait parfaitement la ville grâce aux livres de Márai (Košice appartenait à la Hongrie en 1900 quand Márai y naquit, devint partie de la Tchécoslovaquie après la première guerre mondiale, fut temporairement recédée à la Hongrie en 1938, puis revint à la Tchécoslovaquie après la deuxième guerre mondiale, puis à la Slovaquie après la scission d'avec la République Tchèque).
Nous vous invitons à vous balader dans les endroits où Márai se promenait enfant, puis jeune amoureux et jeune écrivain, puis à déguster le vin préféré de l’écrivain.
Pour suivre cette ballade, cliquez ci-dessous sur 'Plus d'infos'.