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mercredi 3 septembre 2014

Le romain


Je vis comme les anciens romains au temps où les empereurs se succédaient rondement. Je me lève tard, prend tranquillement le petit déjeuner, lit quelques pages de sages écrits et allongé sur le lit j’épie l’animation printanière des oiseaux pépiant derrières les volets. Puis je me rends aux bains publics. Là, un livre agréable à la main, je m’assois sur un banc de pierre, observe les jeunes corps qui s’amusent comme des fous, je me réjouis des voix et des formes de la vie. Je mange quelque chose de léger, puis écris quelques lignes dans mon journal et range mes papiers. Je passe le soir avec des amis dans un jardin, bois du vin acidulé léger et nous échangeons sur la chose publique. A minuit quand je vais me reposer, la lune est déjà haut dans le ciel et entre les arbres le vent s’est endormi, comme les âmes des morts dans les cimetières.
Je me réjouis des fleurs, des jeunes corps, des livres intelligents et des mots affectueux de mes amis. De la pluie aussi et de la lumière du soleil. J’attends l’arrêt de mort ; en souriant je l’attend. Cela ne me fait plus souffrir de quitter cette vie, car c’est bien selon les préceptes de la raison que j’ai vécu. La paix soit avec vous.
Extrait de "Poivre et sel", troisième partie de "Ciel et terre"

vendredi 21 février 2014

Anniversaires





-1978-
Il y a vingt cinq ans, le 22 février 1989, à San Diego (USA) Sándor Márai mettait fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête.


Certains font le rapprochement avec le suicide de Zweig, également, un 22 février (1942), coïncidence curieuse (serait-elle voulue de la part de Márai ?).

Y-a-t’il d’autre point commun entre ces deux suicides que le fait qu'il s'agisse d'écrivains exilés originaires d'Europe centrale ?

A 60 ans, Zweig était au faîte de sa notoriété (il eut d’ailleurs droit à des funérailles nationales), marié depuis peu et en bonne santé. On pourrait presque dire que Zweig a conçu son suicide comme un ultime cri de protestation face à ce monde qui s’enfonçait dans l’horreur.

De son côté, quand il se suicide, Márai va avoir 89 ans. Il a perdu en quelques années tous ses proches : sa femme, ses frères et sœur et, ultime deuil, son fils adoptif. Il vit seul, n’y voyant pratiquement plus (glaucome), se déplace très difficilement. Il est pratiquement oublié et depuis des années n’écrit plus « que pour le tiroir ». C’est un suicide d’épuisement.

Ses cendres sont dispersées dans l’Océan Pacifique, où se trouvent déjà celles de Lola sa chère femme.