lundi 12 août 2013

Sensation littéraire : un inédit de Márai

Vient de paraître en Hongrie, chez Helikon l'éditeur de Márai, un inédit : Hallgatni akartam, c'est-à-dire Je voulais (ou j'ai voulu) me taire. La correspondante hongroise qui m'a signalé cette parution, me fait remarquer qu'hallgatni' peut aussi signifier 'écouter'. Délices de nos langues polysèmes !

 Ce livre, d'après Márai lui même, est une continuation des Confessions d'un bourgeois pour la période qui commence à l'Anschluss (l'occupation-annexion de l'Autriche par Hitler en 1938).
 
« Il faut encore que j’écrive un troisième tome* qui termine Confessions d’un bourgeois. Dans ces nuits sans sommeil je pense à la rédaction de ce livre », écrit-il dans son journal en 1944**.

 C'est ce projet qu'il concrétisera en 1949 - 1950, mais dont le manuscrit était resté négligé jusqu'à maintenant, et qui fait l'objet d'une parution aujourd'hui.
 
* "Les confessions d'un bourgeois" (1934) comporte deux "tomes"
** d'après mon édition allemande du journal 1943-1944 ("Literat und Europäer", Piper-Verlag, traduction de Akos Doma) c'est en septembre 1944 qu'il écrivait ces lignes, poursuivant :
"Il n'est que rarement donné à un écrivain de vivre, dans la réalité même, un grand thème qui le touche au plus profond de lui-même, de le suivre jusqu'au bout. J'ai vu, connu la bourgeoisie hongroise  dans tous ses aspects,  jusqu'aux racines, la classe dans laquelle je suis né ; et aujourd'hui je suis le témoin de sa désintégration absolue. La description de ce processus de désintégration, c’est peut-être la seule véritable mission d’écrivain de ma vie. La description du processus de décomposition des vingt-cinq dernières années. Les filtres subtils par lesquels tout véritable talent a été tamisé de manière officielle ou non officielle. L’art et la manière par lesquels toute personnalité compétitive était mâtée, effarouchée, domestiquée. Comment on avait commencé à se livrer au jeu des insignes, au jeu des tables d’habitués, au jeu des conceptions du monde. Et comment tout ça avait débouché sur du banditisme et sur le déclin absolu."

samedi 6 juillet 2013

Sur les pas de Márai à Košice – Kassa

Le site hlo.hu a publié une invitation à suivre les pas de Márai dans sa ville natale de Kassa devenue aujourd'hui Košice, capitale européenne de la culture en 2013.  En voici une traduction (le texte disponible sur http://www.hlo.hu/news/marai_in_kassa est en anglais).
 
Suivez les pas de Márai dans sa ville natale ! Une promenade dans Košice/Kassa, capitale européenne de la culture en 2013, en mémoire du plus connu de ses enfants dans le monde.
Cette année la ville slovaque de Košice – Kassa en hongrois, Kaschau en allemand - est « Capitale Européenne de la Culture » (avec Marseille). Plusieurs événements sont consacrés à Sándor Márai, certainement la plus connue au monde des personnalités nées dans cette ville. Bien que Márai fut un globe-trotter et qu’adulte il ne revint dans sa ville natale que pour des vacances, la ville joue un rôle si important dans ses œuvres que lors de sa visite à Košice, Otto de Habsbourg disait qu’il connaissait parfaitement la ville grâce aux livres de Márai (Košice appartenait à la Hongrie en 1900 quand Márai y naquit, devint partie de la Tchécoslovaquie après la première guerre mondiale, fut temporairement recédée à la Hongrie en 1938, puis revint à la Tchécoslovaquie après la deuxième guerre mondiale, puis à la Slovaquie après la scission d'avec la République Tchèque).
Nous vous invitons à vous balader dans les endroits où Márai se promenait enfant, puis jeune amoureux et jeune écrivain, puis à déguster le vin préféré de l’écrivain.
Pour suivre cette ballade, cliquez ci-dessous sur 'Plus d'infos'.

mercredi 26 juin 2013

Košice - Kassa rend hommage à Márai


Maison natale de Márai
(à l'arrière-plan la cathédrale Ste Elisabeth)

Košice (aujourd'hui en Slovaquie), ville natale de Sándor Márai est cette année, avec Marseille,  capitale européenne de la culture.

L'ancienne Kassa (Kaschau pour les allemands, Cassovie pour les français) programme parmi un grand nombre d'événements, une "journée Márai" le 1er octobre 2013.

Dans la présentation (en anglais) de l'événement, la rédactrice reconnait : 
Statue commémorative à Košice (rue Zbrojničná)
"Sándor Márai is definitely the most well known Košice-born person in the world. Despite that, in the cultural area of the city and Slovakia he is still fairly unknown and a little cited persona."  

(Sándor Márai est certainement  la personne née à Košice la plus célèbre dans le monde. Malgré cela il est pratiquement inconnu dans la sphère culturelle de la cité et en Slovaquie et une personnalité peu citée.)
Il est assez étonnant que plus loin dans cette information la journaliste présente Sándor Márai comme un "globe-trotter" sans dire qu'il a passé la moitié de sa vie en exil forcé !

dimanche 2 juin 2013

A propos de Márai et Krúdy


A l’occasion de la parution de Sindbad torna a casa, traduction en italien de Szindbád hazamegy de Sándor Márai (voir message du 21 mai), voici, avec l’aimable autorisation de M. Ákos Cseke de l’université Pázmány de Budapest, quelques extraits de sa communication au colloque sur Sándor Márai (avril 2010) reprise dans La fortune littéraire de Sándor Márai (Editions des Syrtes ; voir sur ce blog le message du 24 septembre 2012).


... Nous avons, d'un côté, un auteur ignoré de la plupart des Français [Krúdy], une œuvre intraduisible, que seuls les Hongrois ont le privilège de pouvoir véritablement comprendre, et, de l’autre, un roman que notre écrivain [Márai] consacre à cet auteur mystérieux, dont il imite les thèmes et le style, parfaitement insaisissables au lecteur français faute de traduction et faute pour lui de ressentir cette tristesse éminente des Hongrois dont parle Márai.

Mais ce n'est pas tout : les difficultés de la traduction commencent dès la traduction du titre, avec le mot hazamenni, qu'on traduit par « rentrer chez soi » ou « retourner », mais qui renvoie aussi à l'idée de la mort et de l'agonie. Comme il s'agit de la dernière journée de la vie de Sindbad, le verbe hazamegy signifie tout simplement « mourir ». Le nom de Sindbad pose également problème. En effet, si un lecteur français entend parler de Sindbad, il pense à coup sûr au héros des Mille et une nuits, or le Sindbad en question n'a a rien à voir avec ces contes arabes. Pour un lecteur hongrois, il est évident que Sindbad, c'est Krúdy lui-même ou un Krúdy vu par Márai, puisque Sindbad est le héros de plusieurs œuvres de Krúdy et que Márai, dans son roman, identifie Krúdy avec son héros, lequel héros, en dehors de son nom, n'a rien de commun avec le voyageur oriental.

Couverture de l'édition hongroise
montrant Krúdy à sa fenêtre
… Plus qu'un roman sur Krúdy, Szindbád hazamegy — que je traduis par Sindbad rentre — est un roman sur la Hongrie, ce pays « triste dans son cœur[1]  », un roman sur le peuple magyar, sur ses rêves, mais aussi sur les estomacs hongrois et les panses hongroises, sur les lieux magiques de l'ancien Budapest, sur les rues et les maisons d'Óbuda, sur les cafés et les bains budapestois, sans oublier les écrivains contemporains de Krúdy et de Márai. C'est tout un monde qui se dessine, un monde qui, comme le dit Márai, n'est connu que de deux êtres : Dieu et Gyula Krúdy.

… Sindbad rentre reste un roman incontournable, qui appelle à l'analyse du rapport entre ces deux auteurs hongrois. Pour Márai, Krúdy n'est pas un auteur quelconque ni simplement l'un de ses auteurs préférés : Gyula Krúdy est l'écrivain par excellence, le plus grand écrivain du xxe siècle. Ce ne sont pas des paroles en l'air. D'après son journal de 1989, Krúdy est le seul écrivain qu'il pouvait encore lire à la fin de sa vie, quand il en avait assez de toute la littérature. Krúdy, pour lui, est quelque chose d'unique, d'intime ; c'est une relation amoureuse.


mardi 21 mai 2013

Sindbad torna a casa

Pour celles et ceux qui lisent l'italien, signalons la parution récente de "Sindbad torna a casa" traduction par Marinella d'Alessandro de "Szindbád hazamegy". Ce roman que Sándor Márai écrivit en 1940, est un hommage à Gyula Krúdy écrivain du début du 20ème siècle que Márai vénérait comme un maître et qui tout au long de sa vie avait périodiquement écrit des romans autour du personnage de Sindbad, un véritable double de lui-même.
 
Extraits de la présentation :


* le personnage représenté sur la couverture
n'est pas Krúdy, mais Zoltán Latinovits
dans le film "Szindbád" de Zoltán Huszárik (1971)
... in una mattina di maggio, Sindbad esce dalla sua abitazione nel sobborgo di Óbuda con l'intenzione, una volta tanto, di tornare presto e provvisto di denaro e regali per la figlia e la moglie ... Ma dopo aver ceduto alla tentazione di salire su una carrozza pubblica – una delle ultime –, i buoni propositi cominciano impercettibilmente a svaporare ... E come in sogno, lasciandosi scivolare in una morbida flânerie, Sindbad rivisita quel mondo scomparso vagabondando e indugiando nei luoghi che ancora ne conservano le tracce: dal bagno turco, dove «Occidente e Oriente si confondevano nella nebbia bollente», ai caffè – «pacifiche isole della solitudine, della meditazione, della memoria e dei passatempi silenziosi» –, a uno di quei ristoranti dove ancora si avverte, «nel profumo dello spezzatino e nell'acidulo odore di birra», la sensazione di vita che pervade l'ungherese allorché legge i grandi poeti nazionali. Per imboccare infine la via di casa solo verso l'alba – prendendo congedo, forse per sempre, da quella città dove tutto pare dimezzato, «come se il piccone del tempo avesse demolito il nobile, prestigioso edificio del passato».
 

Buste de Gyula Krúdy à Óbuda
... un matin de mai, Sindbad sort de chez lui dans le faubourg d'Óbuda avec l'intention pour une fois, de revenir vite, bien pourvu d'argent et de cadeaux pour sa fille et pour sa femme ... Mais après avoir cédé à la tentation de monter dans un fiacre publique – un des derniers – ses bonnes résolutions commencent doucement à s'évaporer ... Et comme dans un rêve, se laissant glisser dans une douce flânerie, Sindbad, dans un vagabondage hésitant, revisite ce monde disparu dans les lieux qui en conservent encore la trace : depuis le bain turc où "l'Occident et l'Orient se confondaient dans un brouillard brûlant" jusqu'aux cafés – "ces îles pacifiques de la solitude, de la méditation, de la mémoire et des passe-temps silencieux" – ou à l'un de ces restaurants où se perçoit encore, "dans le parfum du ragoût et l'odeur acidulée de la bière", la sensation de vie qui envahit le hongrois lorsqu'il lit les grands poètes nationaux. Pour finir par prendre le chemin de la maison seulement au petit matin – prenant congé, peut-être pour toujours, de cette ville où tout parait coupé en deux, "comme si la pioche du temps avait démoli l'édifice noble et prestigieux du passé".

mardi 30 avril 2013

LA GITANE


La gitane aux pièces d’or tressées autour du cou et une rose rouge dans ses boucles noires sauvages, dit encore ceci :
 
— Mes parents se faisaient toujours du souci pour moi  et m’ont mise en garde contre les gens qui possédaient une maison et vivaient constamment au même endroit. Nous avions une jolie roulotte verte et un cheval. Mon père était un homme très distingué avec une veste à boutons d’argent, et nous dormions chaque nuit devant une ville nouvelle. Chez nous chacun avait appris un métier, je dansais et divertissais les messieurs, mon frère était avaleur de sabres et cracheur de feu, les cousins faisaient des briques et tiraient les cartes. Ainsi vivions-nous dans des conditions ordonnées, réglées, stables, dans une tente. Pourtant mon père le Voïvode nous parlait souvent de méchantes gens qui habitaient dans des maisons en pierre et qui enlevaient de gentils enfants tziganes, les obligeaient à exercer toutes sortes de métiers abominables, les tourmentaient et contre leurs dispositions les forçaient à apprendre quelque tour de force, par exemple aux filles à se marier et aussi exiger de gitans plus âgés la preuve de leur nationalité. Et qu’il faut être très prudent dans ce monde, car il grouille tellement de gendarmes qui rôdent
 
– disait-elle avec un profond soupir.
Extrait de "Poivre et sel", troisième partie de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner


vendredi 5 avril 2013

Márai mobilisé pour Krúdy

Buste de Krúdy à Obuda

Albin Michel "sort" un roman de Gyula Krúdy et fait appel à Sándor Márai pour sa promotion.
Sur le bandeau du roman "L'affaire Eszter Solymosi" qui vient de paraître figure une citation de Sándor Márai : "Gyula Krúdy est un géant". Il semble bien en effet que c'était l'écrivain hongrois le plus admiré par Márai.
Et puis la traductrice en français, Catherine Fay, est aussi celle des derniers romans de Márai publiés chez Albin Michel, qui doit d'ailleurs nous en fournir cet automne un nouveau titre.
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