samedi 29 mars 2014

Réécouter "Une vie - Une œuvre" consacrée à Sándor Márai

Pour réécouter l'émission Une vie - Une œuvre consacrée à Sándor Márai, diffusée sur France Culture le 29 mars,


Ceux qui voudraient lire le texte dit à la fin de l'émission, peuvent le retrouver sur ce blog (article du 14 janvier : La forêt, traduit par mes soins d'abord à partir de l'allemand , puis vérifié et rectifié sur l'original hongrois).

dimanche 16 mars 2014

Sandor Marai sur France Culture, le samedi 29 mars 2014


L’émission
« Une vie, une œuvre »
sera consacrée à
Sandor Marai sur France Culture
le samedi 29 mars 2014 de 16h à 17h
par Laetitia Le Guay
réalisation : Ghislaine David
 
Sandor Marai s’est imposé comme l’auteur hongrois le plus lu en France, avec des romans construits comme des thrillers, autour de secrets de famille, d’événements mystérieux du passé (Premier Amour, Les Braises, L’héritage d’Esther, les Mouettes, La Sœur). L’ascendant d’un être sur un autre, les limites du langage, l’étrangeté de soi à soi-même et au monde sont des thématiques récurrentes d’un univers romanesque aux récits implacables ; univers à la violence sourde dont la psychanalyse n’est jamais très loin.

La vie de Sandor Marai fut itinérante : européenne et quasi-vagabonde dans la jeunesse, pour fuir la Terreur Blanche de 1919 ; hongroise pendant vingt ans ; américaine et italienne après le passage de la Hongrie dans la sphère soviétique et le choix par Marai de l’exil. Au-delà des circonstances politiques, le voyage est un mode d’être pour Sandor Marai, « une appréhension sensuelle du monde », écrit-il dans son Journal, « peut-etre la seule vraie passion de ma vie».». De plus en plus solitaire et difficile matériellement, mais fertile sur le plan littéraire, l’exil mènera Marai de New York à Salerne, en Italie, puis en Californie où il se donnera la mort à 89 ans, quelques mois avant la chute du mur de Berlin.

Témoin de la disparition du monde du 19e siècle, observateur du destin d’une Europe malmenée par le fascisme puis le stalinisme, Marai médite de livre en livre (Libération, Mémoire de Hongrie, Journal), sur les totalitarismes et l’humain, dans une écriture limpide qui, au fil des années, se condense, pour devenir de plus en personnelle, fragmentaire,  poétique.
 
Il reste l’une des grandes voix de la Mitteleuropa, aux côtés de Stefan Zweig ou Thomas Mann qu’il admirait.

Avec la participation de :
Balázs Ablonczy, historien, directeur de l’Institut hongrois de Paris
François Giraud, auteur du blog
http://sandor-marai.blogspot.com
Catherine Faye et Georges Kassai, traducteurs de Sandor Marai en français
Gabrielle Napoli, collaboratrice à la Quinzaine littéraire
Andras Kanyadi, maître de conférences à l'Inalco, qui a publié sous sa direction La Fortune littéraire de Sandor Marai (collectif), Edition des Syrtes, 2012
Daniel Rondeau, écrivain, journaliste, diplomate
Ibolya Virág, éditrice, traductrice

Source :
franceculture.fr
 

dimanche 2 mars 2014

2013, un bon millésime pour l’œuvre de Márai


L’année 2013 a été un « bon cru » pour l’œuvre de Sándor Márai, riche en rééditions, traductions, et qui a vu aussi la parution d’un inédit en Hongrie.
Réédition chez Helikon (Budapest) de Ég és föld (Ciel et terre- épigrammes, aphorismes), Kassai őrjárat (Patrouille à Kassa – récit de son voyage dans sa ville natale en 1941-42), Eszter hagyatéka (L’héritage d’Esther – roman), Az igazi (L’authentique) et Judit …és az utóhang (Judith ...et appendice) qui constituent les quatre parties du roman paru en français sous le titre « Métamorphoses d’un mariage », Válás Budán (Divorce à Buda – roman) et Egy polgár vallomásai (Les confessions d’un bourgeois - avec la mention « édition intégrale, non censurée » !).
Des nouveautés : Beszéljünk másról? Publicisztika 1943–1978 (Pouvons-nous parler d’autre chose ? 1943-1978 –chroniques), Régi Kassa, álom… (Ancienne Kassa, un rêve... – d’après la présentation, il semble qu’il s’agisse d’une anthologie de textes sur Kassa, sa ville natale).
Helikon poursuit aussi l’édition du Journal : en 2013 est paru le volume des années 1964 à 1966.

Dépôt de gerbes au pied de la statue de Sándor Márai,
à Košice, le 11 avril 2013
Et surtout est paru en avril 2013, toujours chez Helikon, l’inédit Hallgatni akartam (J’ai voulu me taire – continuation des « Confessions d’un bourgeois » à partir de 1938, voir mon article du 12 août 2013).


Régi Kassa, álom… a été présenté le 11 avril 2013 (anniversaire de Márai) à  Košice - Kassa (alors capitale européenne de la culture), après une cérémonie officielle près de sa statue.
Des traductions aussi :

en français : Les mouettes (traduction de Siraly - « Mouette»)
en italien : Sinbad torna a casa (traduction de Szindbád hazamegy –
« Sinbad rentre »)
en allemand : Die Frauen von Ithaka (traduction de Béké Ithakaban
– « Paix à Ithaque »)
en portugais : A Irmã (traduction de A növer
– « La sœur »)
en castillan : Liberación
(traduction de Szabadulás -« Libération »)

 
Signalons enfin que la plupart des romans traduits en allemand sont maintenant disponibles en livre électronique.
Espérons que l’année 2014 sera elle aussi un bon millésime pour la diffusion de l’œuvre de Sándor Márai.

vendredi 21 février 2014

Anniversaires





-1978-
Il y a vingt cinq ans, le 22 février 1989, à San Diego (USA) Sándor Márai mettait fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête.


Certains font le rapprochement avec le suicide de Zweig, également, un 22 février (1942), coïncidence curieuse (serait-elle voulue de la part de Márai ?).

Y-a-t’il d’autre point commun entre ces deux suicides que le fait qu'il s'agisse d'écrivains exilés originaires d'Europe centrale ?

A 60 ans, Zweig était au faîte de sa notoriété (il eut d’ailleurs droit à des funérailles nationales), marié depuis peu et en bonne santé. On pourrait presque dire que Zweig a conçu son suicide comme un ultime cri de protestation face à ce monde qui s’enfonçait dans l’horreur.

De son côté, quand il se suicide, Márai va avoir 89 ans. Il a perdu en quelques années tous ses proches : sa femme, ses frères et sœur et, ultime deuil, son fils adoptif. Il vit seul, n’y voyant pratiquement plus (glaucome), se déplace très difficilement. Il est pratiquement oublié et depuis des années n’écrit plus « que pour le tiroir ». C’est un suicide d’épuisement.

Ses cendres sont dispersées dans l’Océan Pacifique, où se trouvent déjà celles de Lola sa chère femme.

mardi 14 janvier 2014

La forêt


Vers cinq heures la forêt flambait encore dans la lumière et le feu doré d’octobre ; mais avant que nous ayons atteint la fin du chemin forestier, les flammes s’étaient éteintes et une vapeur froide et une lumière sombre de crépuscule tombaient sur nous, sur la forêt et sur les clairières.
Dans cette obscurité nous commencions à nous presser, nous parlions avec agitation comme si était venu l’instant où il fallait vite, très vite se concerter sur tout, le sens et l’absurdité de la vie, le passé et l’avenir qui sont tout aussi funestes, le mystère que représente celui-ci et le mystère qui me représente moi, furieux, presque en criant, nous pressant sur le chemin forestier dans le crépuscule, dans la forêt d’octobre, sous les arbres déplumés, entre les ombres grises et échevelées – dans la forêt, sur ce chemin funeste, nous coupant la parole, nous arrêtant et haletant, regardant l’autre dans les yeux reprenant notre course, cherchant notre souffle, nous envoyant des mots, criant le texte de quelque dispute incompréhensible. Et le vent mugissait. C’était l’instant où les arbres grandissaient, poussaient, oui, jusqu’au ciel. Le destin était dans tout, dans le crépuscule froid, dans le dialogue haleté, dans la hâte, dans la manière dont il tendait parfois le bras, comme s’il cherchait le chemin, comme s’il voulait demander de l’aide entre les arbres s’inclinant sous la tempête, criant, au fond de la forêt profonde, perdu et cherchant de l’aide, comme s’il n’entendait vraiment rien d’autre, juste le mugissement du vent, la souffrance des arbres sombres, l’écho devenu cri de ses mots et le battement sauvage de son cœur. Ainsi marchions-nous sur le chemin du retour de la forêt. Au loin, au bord de la prairie, brillaient déjà les lumières. Alors nous nous sommes arrêtés, nous sommes tus et rentrés en ville. A mi-chemin, j’ai compris qu’une partie de la vie était terminée ; les quarantes ans sont derrière moi et maintenant commence quelque chose de nouveau. 
Extrait de "Poivre et sel", troisième partie de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner

lundi 16 décembre 2013

Bach


Il a eu vingt enfants, il était cantor et organiste à Weimar, Coethen et Leipzig, il était miséreux ; au milieu de vingt enfants, il a écrit ses messes, ses concertos, ses suites, comme nous, nous torchons rapidement un article, bavardage sans valeur, pour la feuille du dimanche.
Il écrivait comme les arbres respirent, comme la forêt en même temps parle et se tait, il écrivait comme le bon Dieu, quand il n’y avait encore ni terre, ni ciel, seulement la mélodie, l’harmonie, en état d’apesanteur et insaisissable. Il écrivait au milieu de vingt enfants, miséreux, était Cantor et n’avait pas d’habit du dimanche... Silence, silence. Maintenant Bach a la parole. Ecoute-le.
 
Extrait de "Ciel et terre"