mardi 30 avril 2013

LA GITANE


La gitane aux pièces d’or tressées autour du cou et une rose rouge dans ses boucles noires sauvages, dit encore ceci :
 
— Mes parents se faisaient toujours du souci pour moi  et m’ont mise en garde contre les gens qui possédaient une maison et vivaient constamment au même endroit. Nous avions une jolie roulotte verte et un cheval. Mon père était un homme très distingué avec une veste à boutons d’argent, et nous dormions chaque nuit devant une ville nouvelle. Chez nous chacun avait appris un métier, je dansais et divertissais les messieurs, mon frère était avaleur de sabres et cracheur de feu, les cousins faisaient des briques et tiraient les cartes. Ainsi vivions-nous dans des conditions ordonnées, réglées, stables, dans une tente. Pourtant mon père le Voïvode nous parlait souvent de méchantes gens qui habitaient dans des maisons en pierre et qui enlevaient de gentils enfants tziganes, les obligeaient à exercer toutes sortes de métiers abominables, les tourmentaient et contre leurs dispositions les forçaient à apprendre quelque tour de force, par exemple aux filles à se marier et aussi exiger de gitans plus âgés la preuve de leur nationalité. Et qu’il faut être très prudent dans ce monde, car il grouille tellement de gendarmes qui rôdent
 
disait-elle avec un profond soupir.
Extrait de "Poivre et sel", troisième partie de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner


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