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samedi 7 septembre 2019

Le journal, enfin !


Grande nouvelle pour les amateurs de Sándor Márai : la parution du premier tome de la traduction en français de son journal par Catherine Fay.
À partir du 11 septembre vous pourrez trouver en librairie cet ouvrage, édité par Albin Michel, témoignage essentiel de la pensée du grand écrivain hongrois. Pour une grande partie des critiques de son pays, c’est son œuvre maîtresse.
Et pourtant l’année précédant le début de ce journal, il écrivait dans Ciel et terre (encore inédit en français) une entrée intitulée Journal  dans laquelle il déclarait :
Je n’ai jamais beaucoup aimé les journaux intimes, ce n’est pas mon moyen d’expression. Si c’est le sens d’un journal d’écrire « journellement », et à côté de cette tâche, de noter aussi en gribouillant le sens de ce sous-produit, de conserver les copeaux de l’instant, alors ce sont ces notes-ci qui sont mon journal ; […] Et les journaux, ces « grandes confessions », sont-ils écrits avec moins de coquetterie et d’intentions et moins pour le public ? J’ai un doute. L’écrivain lorgne toujours d’un œil vers le public, même s’il note sur son cahier secret : « Aujourd’hui rien à signaler » ou « fumé cet après-midi ». […] D’ailleurs, auteur de journal intime, je ne fais pas grand compte de cette étrange bonne foi. Garde tes secrets pour toi – écris de manière énigmatique et sincère, avec titre, structure et intention, c’est la seule manière possible, la seule manière convenable. (traduction de l’auteur de ce blog)
Il a heureusement pour nous, changé d’avis.
Le journal suit depuis 1943 les pérégrinations de son auteur depuis ses années hongroises (ce premier tome) jusqu’en 1989 tout au long de ses exils successifs en Italie et aux États-Unis. Il y note avec lucidité, souvent amertume, réflexions et jugements sur son temps et ses acteurs, sur l’histoire ou sur l’art, sur les évènements de sa vie quotidienne comme sur celle du monde.
Ces miscellanées sont passionnantes et comme, plus tôt, les Confessions  d’un bourgeois ou les Mémoires de Hongrie jettent un éclairage particulièrement cru sur les misères du monde dans ces années troublées, le regard de l’humaniste stoïcien disciple de Marc-Aurèle et du bourgeois qu’il se revendiquait être.
À noter l’article de Nathalie Crom dans Télérama 3634 du 04/09 (« L’inconsolé »)

mercredi 26 septembre 2018

Les cafés de Sándor Márai, le samedi 29 septembre

au café "Le Sorbon", 60 rue des Ecoles, de 17 à 19h

Les cafés sont à la fois espaces de travail et lieux de socialisation. Sa vie durant, Sándor Márai ne cesse de les fréquenter et, dès ses débuts de romancier, il les transpose dans l'univers de sa fiction. Dès lors, les trois capitales que l'auteur connaît comme sa poche pour y avoir vécu dans la période de l'entre-deux-guerres – Paris, Berlin et Budapest – se dévoilent, sous le regard scrutateur d'un écrivain responsable, par l'entremise de quelques cafés littéraires emblématiques.
 
Au café "Le Sorbon, 75005 Paris
Intervenants : András Kányádi, Julie Chaize
Entrée libre avec consommation obligatoire de 5€ par personne

voir http://www.parizs.balassiintezet.hu/fr/programmes/les-cafes-de-sandor-marai/
Information : accueil@instituthongrois.fr Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. | +33 1 43 26 06 44

mercredi 11 octobre 2017

Dernier jour à Budapest

C'est sous ce titre qu'Albin Michel fait paraître la traduction par Catherine Fay de "Szindbád Hazamegy" (littéralement "Sindbad rentre à la maison"), roman-pastiche-hommage de Sándor Márai à l'écrivain hongrois qu'il a peut-être le plus apprécié : Gyula Krúdy.
Sortie en librairie, le 1er novembre.

Voici la présentation qu'en fait l'éditeur :

Dernier jour à Budapest
Dernier jour à Budapest, publié en Hongrie en 1940, réunit de manière singulière deux virtuoses de la littérature hongroise du XXè siècle. Sándor Márai, l’auteur des Braises, y rend hommage à son maître, Gyula Krúdy, dandy ténébreux et personnage légendaire de la bohème littéraire de Budapest, surnommé ici Sindbad, comme le héros de plusieurs de ses nouvelles.  


Un matin du mois de mai, Sindbad quitte son domicile d’Óbuda en promettant à sa femme de rapporter, avant la tombée de la nuit, les soixante pengös nécessaires à l’achat d’une robe pour leur petite fille. Mais à peine parti, ses bonnes intentions se dissipent. Cédant à la tentation d’une balade en calèche, il se laisse aller à une douce flânerie, revisitant le Budapest d’hier, au gré des lieux aimés : le bain turc, où «  Orient et Occident fusionnaient dans les brumes de chaleur  », le café Chicago où il écrivait, les restaurants où il dînait…  
Entre Histoire et fiction, Sándor Márai   livre un récit envoûtant et nostalgique, à la beauté crépusculaire, où ses propres souvenirs d’avant-guerre se mêlent, avec une puissance évocatrice décuplée, à l’imaginaire de l’un des plus grands écrivains hongrois.

vendredi 21 octobre 2016

A paraitre : cinq romans de Márai en un volume

Le 2 novembre prochain parait en librairie un volume de la Pochotèque qui rassemble cinq des romans les plus connus de Sándor Márai, déjà publiés séparément par Albin Michel :
- Premier amour
- Les Révoltés
- La Conversation de Bolzano
- Les Braises
- Métamorphoses d’un mariage

Si vous ne connaissez pas ce grand auteur hongrois du 20ème siècle profitez de cette édition pour découvrir celui que Martine Aubry, Françoise Hardy, François Hollande ou Nicolas Sarkozy, entre autres, ont classé parmi leurs écrivains préférés. Et si vous avez lu et aimé l'un ou l'autre de ces romans, profitez de ce volume pour découvrir les autres !

Présentation de l'éditeur

Reconnu comme l'un des plus grands auteurs de la littérature hongroise et comme un maître du roman moderne, Sándor Márai (1900-1989) s'inscrit dans la lignée d’Arthur Schnitzler, Stefan Zweig et Thomas Mann. Observant avec nostalgie une civilisation européenne sur le point de s'éteindre, il n’a eu de cesse de témoigner d'un monde finissant. Pendant ses années d’exil (1948-1989), son œuvre tomba dans l’oubli. Elle fut redécouverte dans les années 1990, notamment avec Les Braises, et connaît depuis un succès considérable dans le monde entier.
Le présent volume rassemble, classés par ordre chronologique, cinq grands romans de Sándor Márai, qui offrent au lecteur un échantillon de son talent. On y retrouve les trois problématiques essentielles qui ont accompagné l’écrivain hongrois sa vie durant : la nécessité de la révolte, qui met en scène la lutte entre l’instinct et la raison ; l’utilité de la création, qui nourrit la confrontation entre l’ordre et l’aventure ; enfin, l’amertume de l’exil, qui montre l’aliénation de l’individu dans un univers massifié.

Cet ouvrage réunit :

Le Premier Amour
Les Révoltés
La Conversation de Bolzano
Les Braises
Métamorphoses d’un mariage

Préface de Frédéric Vitoux, de l’Académie française.
Édition d’András Kányádi en collaboration avec Catherine Fay.

samedi 3 octobre 2015

"La nuit du bûcher" présenté le 28 octobre à l'Institut Hongrois

La séance d’octobre des rendez-vous littéraires de l’Institut hongrois verra le lancement de l’édition française de La Nuit du Bûcher de Sándor Márai, à paraître en novembre chez Albin Michel (le 5 novembre en librairie) dans une traduction de Catherine Fay. Dans ce roman autour de la figure de Giordano Bruno, Márai explore l’Europe de l’Inquisition au 16ème siècle et la fait entrer en résonance avec l’époque contemporaine : un véritable réquisitoire contre le totalitarisme où perce toute la finesse d’analyse du romancier.

Participants à la table-ronde : Catherine Fay traductrice littéraire, András Kányádi maître de conférences (INALCO). Des extraits seront lus par un comédien.

Voir le programme de l'Institut Hongrois

samedi 4 avril 2015

"Ce que j'ai voulu taire" le dernier livre de Márai paru en français, présenté à l'Institut Hongrois le 15 avril

Dans le cadre de son rendez-vous mensuel autour des dernières parutions ayant trait à la Hongrie ou à l’Europe centrale éditées en français, l’Institut hongrois vous invite à la présentation de Ce que j'ai voulu taire de Sándor Márai, publié en 2014 chez Albin Michel.
 
 « Longtemps présumé perdu avant d'être retrouvé et de paraître en 2013 à Budapest, Ce que j'ai voulu taire constitue le dernier volet inédit des Confessions d'un bourgeois.
Le récit se construit autour de deux dates : le 12 mars 1938, lorsque l'Allemagne nazie annexe l'Autriche, et le 31 août 1948, lorsque l'écrivain et sa famille quittent la Hongrie, désormais pays satellite de l'U.R.S.S. »
 
Intervenants : Catherine Fáy traductrice littéraire ; Gabrielle Napoli docteur en littérature contemporaine, Quinzaine littéraire ; Balázs Ablonczy historien, directeur de l’Institut hongrois.
 
Entrée libre

15 avril à 19h
Institut hongrois, 92 rue Bonaparte
75006 Paris

 
 
Voir dans ce blog les articles du 25 octobre et du 25 novembre 2014 

dimanche 1 février 2015

L’actualité de Márai en 2014


France-Culture lui a consacré le 29 mars une émission de sa série « Une vie, une œuvre » (voir dans ce blog les articles Sandor Marai sur France Culture, le samedi 29 mars 2014 du 16 mars, Réécouter"Une vie - Une œuvre" consacrée à Sándor Márai et En réécoutant "Une vie - uneoeuvre" du 31 mars.
2014 a vu comme l’année dernière un inédit de Márai être publié. Cette fois il s’agit sous le titre Fedőneve: Ulysses (« Nom de code : Ulysse ») de textes d’émissions qu’il faisait régulièrement sur Radio Free Europe à partir d’octobre 1951 en direction de la Hongrie. J’y reviendrai bientôt.
Par ailleurs à côté  de rééditions comme celles parmi plusieurs autres de Zendülők (Les révoltés), Helikon poursuit l’édition du Journal : en 2014 est paru le volume des années 1967 à 1969 et continue aussi à proposer des extraits d’œuvres diverses rassemblés autour d’un thème : après Budán lakni világnézet (Habiter Buda : une vision du monde) et  Régi Kassa, álom… (Ancienne Kassa, un rêve...) voici Italia életérzés (Impressions italiennes).
Le site hlo.hu publie fréquemment des articles critiques en anglais sur Márai et ses œuvres. En particulier de très longs articles sur Mémoires de Hongrie et sur la récente version « non censurée » des Confessions d’un bourgeois  (les éditions précédentes, exceptées l’italienne, avaient été expurgées par Márai lui-même de passages mettant en scène des personnes qui en avaient demandées la suppression).
Signalons quelques nouvelles traductions :
en français, Ce que j’ai voulu taire, traduction de l’inédit Hallgatni akartam paru en Hongrie en avril 2013 (voir dans ce blog les articles Sensation littéraire : un inédit de Márai  du 12 août 2013, et Après la lecture de "Ce que j'ai voulu taire" du 25 novembre 2014)
en anglais, une anthologie de poèmes en édition bilingue, sous le titre The Withering World (voir l’article Une édition bilingue anglais-hongrois de poèmes de Sándor Márai).
Et deux essais sur Sándor Márai :
en italien : Sándor Márai e Napoli de A. Di Francesco et J. Papp
en espagnol : Sandor Marai y la viscera del alma. ensayo sobre su novela "La hermana" de Inoriza Rueda, Ángel

lundi 15 décembre 2014

Est-ce bon ? ...


La Bible dit que Dieu a créé le monde, et puis au septième jour « il se reposa et vit que c’était bon ».

Seul un homme aurait pu parler ainsi, jamais Dieu. Dieu a créé le monde, pourtant – très certainement - il n’a jamais ressenti que « c’était bon » ce qu’il avait créé. C’est le contentement de soi du petit artisan qui fièrement contemple le travail de ses mains, une balance, un cercueil ou une paire de bottes, qui se tape sur le ventre et s’assure lui-même que « c’est bon », ce qu’il a créé. Dieu n’est jamais aussi fat. Dieu et l’artiste – eux deux seulement – savent que ce n’est jamais « bon », que tout ce qui est de l’ordre de la création, humaine ou divine, est imparfait, car le souhait qui brule sur le foyer de toute création, ne s’éteint jamais, veut autre chose, plus, quelque chose de plus humain ou de plus divin … Ne te réjouis pas, ne te tourne pas les pouces de contentement, ne cligne pas des yeux, satisfait. Ce n’est pas « bon ». C’est, simplement – et ça déjà c’est surhumain.
 
Extrait de "Ars Poetica", deuxième partie de "Ciel et terre"

mardi 25 novembre 2014

Après la lecture de "Ce que j'ai voulu taire"


« J’ai voulu me taire. Mais le temps m’a interpellé et j’ai su que c’était impossible. Plus tard encore, j’ai compris que le fait de se taire était une réponse en soi, à l’instar de la parole et de l’écrit. Parfois se taire n’est pas la réponse la moins dangereuse. Rien n’irrite tant l’autorité qu’un silence qui la nie ».
Ainsi Sándor Márai débute-t-il « Ce que j’ai voulu taire ». Et en effet, du jour (18 mars 1944) où les troupes allemandes envahissent la Hongrie, leur « allié », Márai cesse d’écrire pour les journaux et interdit la réédition de ses œuvres. Et quelques mois plus tard il exprime dans son journal* son désir de compléter « Les confessions d’un bourgeois », publié en 1934. C’est donc cette suite, écrite en 1949-1950, qui retrouvée dans le fonds Márai du musée Petöfi, est parue l’année dernière en hongrois sous le titre « Hallgatni akartam » (« J’ai voulu me taire ») et  vient d’être éditée par Albin Michel dans la traduction de Catherine Fay. (A noter que c’est la première fois depuis de nombreuses années que c’est en français qu’est traduite en premier une œuvre de Márai).
* voir dans ce blog  l'article "Sensation littéraire : un inédit de Márai" (12 août 2013).
C’est un témoignage très touchant, parfois poignant d’un humaniste bourgeois (condition qu’il a constamment revendiquée) face à l’évolution historique de son pays, face à la faillite des élites dirigeantes obsédées par une revanche à prendre sur le désastreux traité de Trianon qui avait séparé de la Hongrie les deux tiers du territoire sous sa souveraineté et surtout de très nombreuses populations hongroises. Cet esprit de revanche allié à un penchant ancien pour un pouvoir autoritaire exercé par une aristocratie à peine sortie d’un système quasi-féodal, avait poussé la Hongrie aux côtés de l’Allemagne hitlérienne*, dans l’espoir d’une reconquête d’une partie de son ancien territoire. Et en effet ces vœux furent partiellement exaucés par la grâce d’Hitler et de Mussolini.
* La Hongrie a déclaré la guerre à la Russie le 27 juin 1941 et participé à la meurtrière bataille de Voronej en 1942.
 
Ce morceau d’histoire de la Hongrie, c’est le sujet même du récit de Márai. Et c’est certainement un des passages les plus personnels et les plus bouleversants que la relation qu’il fait de la visite de sa ville natale, Kassa (aujourd’hui Košice en Slovaquie) réintégrée à sa patrie, visite qu’il doit faire en défilant quasi militairement au milieu d’une population mi hostile mi ironique. Et l’amertume qu’il en ressent s’ajoute au constat sans concession qu’il dresse de l’attitude de la quasi-totalité de la société hongroise, soit ouvertement pronazi, soit qui laisse faire (aristocrates, grands propriétaires) car elle pense que c’est son intérêt, soit dans la convoitise des biens spoliés aux juifs.

Tout en procédant à ce que dans le Canard Enchaîné Igor Capel nomme un véritable examen de conscience, il fustige le comportement déshonorant pouvant aller jusqu’à l’abject de cette part de la société hongroise de l’époque (Nous étions totalement immergés dans la boue morale de la guerre tandis que la surface restait encore paisible. Les étrangers … disaient que Budapest était un « îlot de paix ». En fait nous ne vivions pas sur une île mais dans un marécage  bouillonnant sous lequel grondait un volcan. Au moment où cette force souterraine explosa, soudain il n’y eut plus d’« île » et la glaise en fermentation, avec tous ses êtres vivants aigrettes, aussi bien que crapauds et fossiles, s’engouffra dans le raz-de-marée sanglant et immonde).
Quelques portraits d’hommes politiques qui ont joué à cette époque des rôles importants, complètent cette description du monde dans lequel il vit et se sent de plus en plus isolé.

Malheureusement on sent que cet ouvrage n’est pas achevé. Contrairement à ce qu’il annonce dans les premières pages (J’aimerais raconter ce qui s’est produit au cours des dix années qui ont suivi [l’Anschluss], jusqu’à ce petit matin sur le pont de l’Enns – limite de la zone russe, qu’on appelait rideau de fer –, où un soldat soviétique … nous a laissés partir pour l’exil que nous avions choisi) Márai ne fait qu’évoquer la période d’après-guerre, ce que souligne la traductrice Catherine Fay dans sa postface. Mais pour cette période il écrira plus tard des pages éloquentes dans Mémoires de Hongrie.
Et au-delà de ses réflexions désenchantées, ce qui pour moi ressort le plus de ce texte, c’est l’attachement viscéral de Márai à sa nation hongroise et surtout à sa langue :

Etant donné que j’écris dans la langue extrême-orientale singulière de cette nation, que je ne pourrai jamais écrire une ligne vraiment valable dans une langue étrangère – non par manque de savoir-faire mais tout simplement parce que l’écrivain privé de l’atmosphère de sa langue maternelle est un être bégayant, estropié et impotent ! –tant que je vivrai et que j’écrirai, je ne pourrai abandonner l’esprit national hongrois.
Et en effet on ne peut qu’admirer le style, l’art consommé des longues périodes de ses descriptions, de ses diatribes, très bien rendus par la traduction.

Pour moi un ouvrage indispensable, malgré ses manques, pour comprendre l’histoire de la Hongrie de cette période et peut-être aussi celle d’aujourd’hui, car les vieux démons peuvent toujours se réveiller !

mercredi 10 septembre 2014

Les politiques français aiment Márai

Après que François Hollande et Nicolas Sarkozy ont cités "Les Braises" dans la liste de leurs livres préférés, Fleur Pellerin, la nouvelle ministre de la Culture du gouvernement français cite "La Conversation de Bolzano" de l'écrivain hongrois Sándor Márai parmi ses livres de chevet. (Figaro Madame)

mardi 15 avril 2014

La fable chinoise

- Et bien – dit la femme -, tu viens ?

L’homme se taisait. Il tripotait ses gants et dit le regard baissé :

- J’ai entendu un jour une fable. Une fable chinoise, bien entendu. C’était ainsi : dans une province éloignée vivaient un homme et une femme. Un matin ils sentirent qu’une voix leur transmettait un message, un  ordre : ils se levèrent de leur couche et comme des somnambules se mirent en route l’un vers l’autre, quittèrent leur maison, leur époux et leur épouse, laissèrent tout et tous, pour se rencontrer enfin dans la sombre forêt de la vie et vivre ensemble heureux et unis. Ainsi marchèrent ils ensorcelés l’un vers l’autre. Ils allaient à travers des déserts infinis et finirent par arriver dans une sombre forêt. La forêt était séparée en deux par un ruisseau et les deux se rapprochaient chacun d’un des côtés des rives du ruisseau, les yeux fermés selon les ordres, et avec un sourire muet et heureux. Au-dessus du ruisseau il y avait une passerelle étroite, si étroite qu’une seule personne à la fois pouvait marcher sur la planche fragile. Et ils restaient tous les deux, sur la rive, se tenant face à face, pleins de désir et souriant, et ils hésitaient pour savoir lequel devait le premier se lancer vers l’autre… Alors la femme dit doucement, avec tendresse : « Viens donc ! ». L’homme leva le regard quand il perçut la voix, se frotta les yeux, regarda la femme, regarda vers le ciel, puis il se tourna et repartit dans sa vie, vers sa famille et à partir de cet instant il vécut muet et n’en revenant pas dans son cœur. Car la femme a parlé trop tôt. Et il n’est absolument pas permis de parler. Il faut attendre jusqu’à ce que l’homme traverse le ruisseau sans en être prié ou sommé. Voilà la fable chinoise.

- Oui -, dit-elle et ses yeux se remplirent de larmes. – Et bien, tu viens ? …

- Ce serait bien -, dit l’homme poliment, boutonna ses gants et chercha son chapeau. Malheureusement j’ai des négociations cet après-midi. Et je suis passablement pris toute cette semaine.
Extrait de "Poivre et sel", troisième partie de "Ciel et terre"

lundi 31 mars 2014

En réécoutant "Une vie - une oeuvre"


Si vous écoutez ou réécoutez sur France Culture l'émission "Une vie - une œuvre" consacrée samedi 29 mars à Sándor Márai (http://www.franceculture.fr/podcast/4685672) voici quelques informations, précisions ou remarques à propos des différentes interventions :
  • Quand, pour la première fois Márai revient à sa maison de la rue Mikó après la levée du siège de Budapest, il retrouve au milieu des ruines une bonne partie de ses livres, une photo de Tolstoï et Gorki à Iasnaia Poliana et le fameux chapeau : ironie du sort, ce chapeau est un haut de forme intact et dans son journal il note "un instant je me pose la question de ce qui arriverait si je me mettais le haut de forme sur la tête et me promenais dans les rues de Buda ? Rien ne se passerait. Je pourrais aussi marcher sur les mains, aujourd'hui tout est permis." (extrait du journal de l'année 1945)
  • Le roman "Szindbad rentre [à la maison]" est en effet paru en italien chez Adelphi sous le titre Sindbad torna a casa (voir l’article du 21 mai 2013 dans ce blog). Pour les lecteurs de ce blog qui lisent l’italien, c’est en effet une œuvre très attachante qui révèle une facette encore inconnue des lecteurs français.
  • Vérification faite, Márai mesurait 1m82.
  • Kassa porte aujourd’hui le nom de Košice, c’est la deuxième ville de Slovaquie. Pendant des siècles elle a fait partie du Royaume de Hongrie, en particulier dans la période où la majeure partie de la Hongrie était sous domination ottomane. Rattachée à la Tchécoslovaquie par le traité de Trianon (4/6/1920), la ville sera à nouveau hongroise de novembre 1938 à janvier 1945 en conséquence du premier arbitrage de Vienne imposé par l’Allemagne à la Tchécoslovaquie.
  • Le père de Márai, Gezá Grosschmid, était juriste dans une banque de Kassa.
    Sándor Grosschmid est resté le nom officiel de Márai jusqu’en 1936, alors que dès ses premières œuvres il signe Márai, c’est-à-dire « de Mara » d’un titre de noblesse octroyé à un de ses aïeux par l’empereur d’Autriche (et roi de Hongrie). Les premières traductions françaises paraîtront d’ailleurs sous le nom francisé d’Alexandre De Mara.
  • Sa participation à la république des conseils (31/10/1918 – 8/1919) a consisté à écrire dans un journal révolutionnaire Drapeau rouge (Vörös Lobogó) ce qui lui sera reproché plus tard sous la « régence » Horthy. Il quitte la Hongrie avant la chute du régime de Béla Kun.
  • Outre les titres cités, tous traduits en français, il faut ajouter Un chien de caractère, Les mouettes et La sœur dernier roman publié avant l’exil, Paix à Ithaque, Le miracle de San Gennaro, et Libération (qui ne sera publié qu’en 2000 selon la volonté de l’auteur). Et beaucoup d’autres œuvres de toute nature, poésie, épigrammes, essais, et le journal qu’il a tenu de 1943 à sa mort, qui ne sont pas traduites en français. (Voir la bibliographie sous l’onglet correspondant de ce blog).
  • Dans l’intervention sur le comportement de Márai pendant la guerre, sous l’expression « après l’occupation allemande », il faut entendre « à partir du moment où les allemands ont occupé la Hongrie » (mars 1944).  
  • Entre le séjour à New York (1952-1967) et la fin de sa vie à San Diego (1980-1989), se situe un nouveau séjour de 13 ans en Italie, à Salerne, qu’il quitte en 1980, car la santé de sa femme Lola et la sienne deviennent préoccupantes, qu’il a peu confiance dans le système de santé italien et qu’il préfère se rapprocher de János, son fils adoptif. (Voir la biographie de Márai, sous l’onglet correspondant de ce blog).
  • Sur son suicide, voir l’article du 22 février 2014 dans ce blog.

samedi 29 mars 2014

Réécouter "Une vie - Une œuvre" consacrée à Sándor Márai

Pour réécouter l'émission Une vie - Une œuvre consacrée à Sándor Márai, diffusée sur France Culture le 29 mars,


Ceux qui voudraient lire le texte dit à la fin de l'émission, peuvent le retrouver sur ce blog (article du 14 janvier : La forêt, traduit par mes soins d'abord à partir de l'allemand , puis vérifié et rectifié sur l'original hongrois).

dimanche 16 mars 2014

Sandor Marai sur France Culture, le samedi 29 mars 2014


L’émission
« Une vie, une œuvre »
sera consacrée à
Sandor Marai sur France Culture
le samedi 29 mars 2014 de 16h à 17h
par Laetitia Le Guay
réalisation : Ghislaine David
 
Sandor Marai s’est imposé comme l’auteur hongrois le plus lu en France, avec des romans construits comme des thrillers, autour de secrets de famille, d’événements mystérieux du passé (Premier Amour, Les Braises, L’héritage d’Esther, les Mouettes, La Sœur). L’ascendant d’un être sur un autre, les limites du langage, l’étrangeté de soi à soi-même et au monde sont des thématiques récurrentes d’un univers romanesque aux récits implacables ; univers à la violence sourde dont la psychanalyse n’est jamais très loin.

La vie de Sandor Marai fut itinérante : européenne et quasi-vagabonde dans la jeunesse, pour fuir la Terreur Blanche de 1919 ; hongroise pendant vingt ans ; américaine et italienne après le passage de la Hongrie dans la sphère soviétique et le choix par Marai de l’exil. Au-delà des circonstances politiques, le voyage est un mode d’être pour Sandor Marai, « une appréhension sensuelle du monde », écrit-il dans son Journal, « peut-etre la seule vraie passion de ma vie».». De plus en plus solitaire et difficile matériellement, mais fertile sur le plan littéraire, l’exil mènera Marai de New York à Salerne, en Italie, puis en Californie où il se donnera la mort à 89 ans, quelques mois avant la chute du mur de Berlin.

Témoin de la disparition du monde du 19e siècle, observateur du destin d’une Europe malmenée par le fascisme puis le stalinisme, Marai médite de livre en livre (Libération, Mémoire de Hongrie, Journal), sur les totalitarismes et l’humain, dans une écriture limpide qui, au fil des années, se condense, pour devenir de plus en personnelle, fragmentaire,  poétique.
 
Il reste l’une des grandes voix de la Mitteleuropa, aux côtés de Stefan Zweig ou Thomas Mann qu’il admirait.

Avec la participation de :
Balázs Ablonczy, historien, directeur de l’Institut hongrois de Paris
François Giraud, auteur du blog
http://sandor-marai.blogspot.com
Catherine Faye et Georges Kassai, traducteurs de Sandor Marai en français
Gabrielle Napoli, collaboratrice à la Quinzaine littéraire
Andras Kanyadi, maître de conférences à l'Inalco, qui a publié sous sa direction La Fortune littéraire de Sandor Marai (collectif), Edition des Syrtes, 2012
Daniel Rondeau, écrivain, journaliste, diplomate
Ibolya Virág, éditrice, traductrice

Source :
franceculture.fr
 

dimanche 2 mars 2014

2013, un bon millésime pour l’œuvre de Márai


L’année 2013 a été un « bon cru » pour l’œuvre de Sándor Márai, riche en rééditions, traductions, et qui a vu aussi la parution d’un inédit en Hongrie.
Réédition chez Helikon (Budapest) de Ég és föld (Ciel et terre- épigrammes, aphorismes), Kassai őrjárat (Patrouille à Kassa – récit de son voyage dans sa ville natale en 1941-42), Eszter hagyatéka (L’héritage d’Esther – roman), Az igazi (L’authentique) et Judit …és az utóhang (Judith ...et appendice) qui constituent les quatre parties du roman paru en français sous le titre « Métamorphoses d’un mariage », Válás Budán (Divorce à Buda – roman) et Egy polgár vallomásai (Les confessions d’un bourgeois - avec la mention « édition intégrale, non censurée » !).
Des nouveautés : Beszéljünk másról? Publicisztika 1943–1978 (Pouvons-nous parler d’autre chose ? 1943-1978 –chroniques), Régi Kassa, álom… (Ancienne Kassa, un rêve... – d’après la présentation, il semble qu’il s’agisse d’une anthologie de textes sur Kassa, sa ville natale).
Helikon poursuit aussi l’édition du Journal : en 2013 est paru le volume des années 1964 à 1966.

Dépôt de gerbes au pied de la statue de Sándor Márai,
à Košice, le 11 avril 2013
Et surtout est paru en avril 2013, toujours chez Helikon, l’inédit Hallgatni akartam (J’ai voulu me taire – continuation des « Confessions d’un bourgeois » à partir de 1938, voir mon article du 12 août 2013).


Régi Kassa, álom… a été présenté le 11 avril 2013 (anniversaire de Márai) à  Košice - Kassa (alors capitale européenne de la culture), après une cérémonie officielle près de sa statue.
Des traductions aussi :

en français : Les mouettes (traduction de Siraly - « Mouette»)
en italien : Sinbad torna a casa (traduction de Szindbád hazamegy –
« Sinbad rentre »)
en allemand : Die Frauen von Ithaka (traduction de Béké Ithakaban
– « Paix à Ithaque »)
en portugais : A Irmã (traduction de A növer
– « La sœur »)
en castillan : Liberación
(traduction de Szabadulás -« Libération »)

 
Signalons enfin que la plupart des romans traduits en allemand sont maintenant disponibles en livre électronique.
Espérons que l’année 2014 sera elle aussi un bon millésime pour la diffusion de l’œuvre de Sándor Márai.

vendredi 21 février 2014

Anniversaires





-1978-
Il y a vingt cinq ans, le 22 février 1989, à San Diego (USA) Sándor Márai mettait fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête.


Certains font le rapprochement avec le suicide de Zweig, également, un 22 février (1942), coïncidence curieuse (serait-elle voulue de la part de Márai ?).

Y-a-t’il d’autre point commun entre ces deux suicides que le fait qu'il s'agisse d'écrivains exilés originaires d'Europe centrale ?

A 60 ans, Zweig était au faîte de sa notoriété (il eut d’ailleurs droit à des funérailles nationales), marié depuis peu et en bonne santé. On pourrait presque dire que Zweig a conçu son suicide comme un ultime cri de protestation face à ce monde qui s’enfonçait dans l’horreur.

De son côté, quand il se suicide, Márai va avoir 89 ans. Il a perdu en quelques années tous ses proches : sa femme, ses frères et sœur et, ultime deuil, son fils adoptif. Il vit seul, n’y voyant pratiquement plus (glaucome), se déplace très difficilement. Il est pratiquement oublié et depuis des années n’écrit plus « que pour le tiroir ». C’est un suicide d’épuisement.

Ses cendres sont dispersées dans l’Océan Pacifique, où se trouvent déjà celles de Lola sa chère femme.

dimanche 17 novembre 2013

"Les mouettes", ma critique


Jaquette du roman
 Les mouettes * est un roman écrit par Márai en 1942, dans une période où la Hongrie, si elle a bien choisi son camp, celui du fascisme, n'est pas encore entièrement concernée dans le conflit mondial qui fait rage à ses frontières.

*il aurait été plus conforme au titre original de l'intituler "Une mouette", ou "Mouette" tout simplement ; mais on sait bien que le choix d'un titre n'est pas affaire de traduction fidèle mais de marketing

Et cette situation très spéciale est un des ressorts de l'intrigue du roman. Le personnage principal vient de rédiger l'annonce d'une décision étatique majeure dans ce contexte, quand se présente à lui une jeune femme finnoise, qui ressemble à s'y méprendre à celle qu'il a aimée et qui s'est suicidée quelques années plus tôt. En quelques heures va se nouer entre ces deux êtres des relations de curiosité, d'attirance, de confrontation et aussi de joute quasi-professionnelle.

Sándor Márai capte ces deux êtres à un moment où leurs destins individuels se mêlent à l’Histoire avec un grand H.

« Ce n'est sans doute pas un hasard si nos destins se ressemblent également. Le sort des petits peuples ne nécessite pas une puissante imagination : c'est toujours la même fatalité qui leur souffle leurs paroles et leurs actes, et les mêmes forces et les mêmes adversaires qui les poursuivent, de toute éternité... Parce que, lorsque nous arriverons au bout de cette nuit, nous connaîtrons, aussi la guerre qui, je l'ai compris à présent, est une loi générale comme Dieu, l'amour et la mort. Tu voulais dire quelque chose ?... »

Márai y fait preuve une nouvelle fois de ses qualités de chirurgien des âmes, au style toujours aussi fluide, aussi précis et en même temps poétique auquel nous ont accoutumés ses autres romans, style très agréablement rendu par sa traductrice Catherine Fay.

« L'amour... Tu ne te souviens pas ? Tu as retrouvé le calme en toi et autour de toi. Tu t'es déshabitué de jeter de temps à autre un coup d'œil injustifié sur les aiguilles de ta montre-bracelet, de dresser l'oreille à la moindre sonnerie du téléphone, de tourner brusquement la tête en entendant appuyer sur la poignée de la porte, de fouiller d'une main dans le courrier du matin en cherchant parmi les enveloppes les signes de l'écriture familière avec une curiosité et une tension anormales... tout cela est fini désormais. Et maintenant ? N'as-tu pas peur, n'as-tu pas honte d'accueillir à nouveau dans ta vie cette inquiétude confuse et humiliante ? … »

« Supporter encore une fois que ton corps et ton âme soient attachés à quelqu'un, c'est-à-dire prisonniers de quelqu'un, quitter à nouveau la solitude dont la vie et la sagesse ont par bonté revêtu tes épaules comme d'un manteau sombre qui te sépare du monde mais t'en protège aussi, comme l'habit protège le moine... À nouveau, «vivre à fond », c'est-à-dire vivre à moitié puisqu'il te faut tout partager avec un tyran curieux et puéril dont ce n'est même pas la faute s'il est cruel et fou... Qui est cette femme, à part que c'est « elle » et qu'elle est revenue ? »



Jaquette de l'édition hongroise
Conçu et structuré comme une pièce de théâtre en trois actes,  obéissant à la règle des trois unités, de temps (un jour et une nuit d’hiver), de lieu (Budapest que l’on sent tout engourdie) et  d’action (ou plutôt d’attente d’action), le roman est comme toujours chez Márai riche de ces monologues entrecroisés où les protagonistes se défient en douceur. Il nous entraîne aussi dans les multiples pensées de son auteur, ici représenté par ce haut fonctionnaire (‘héros’ qui n’est jamais nommé, comme dans plusieurs autres romans de Márai), réflexions sur la guerre, le vieillissement (qui à cette époque-là est une obsession constante de Márai) le destin, la vie, l’amour, la mort, réflexions parfois un peu bavardes, mais toujours captivantes. Et qui nous tiennent en haleine dans  l’attente du dénouement.
 
Peut-être pas une des œuvres majeures de Márai, mais qui, replacé à l'époque de son écriture, nous éclaire sur des aspects de la pensée de l'auteur, en particulier sur l'histoire,  encore peu développés dans ses autres œuvres; 

mercredi 6 novembre 2013

"Les mouettes" aujourd'hui en librairie


Le dernier roman traduit en français (il en reste encore quelques uns à découvrir, si Albin Michel poursuit dans ses efforts d'édition en français de l'œuvre de Márai) sort aujourd'hui en librairie.
 
Les mouettes (titre sous lequel il est publié ; il aurait été plus conforme au titre original de l'intituler "Une mouette", ou "Mouette" tout simplement ; mais on sait bien que le choix d'un titre n'est pas affaire de traduction fidèle mais de marketing) est un roman écrit en 1942-1943, dans une période où la Hongrie, si elle a bien choisi son camp, celui du fascisme,  n'a pas encore posé d'acte majeur dans le conflit mondial qui fait rage à ses frontières.

Et cette situation très spéciale est un des ressorts de l'intrigue du roman. Le personnage principal vient de rédiger l'annonce d'une décision étatique majeure dans ce contexte, quand se présente à lui une femme, qui ressemble à s'y méprendre à celle qu'il a aimée et qui s'est suicidée quelques années plutôt. En quelques heures va se nouer entre ces deux êtres des relations de curiosité, d'attirance, de confrontation et de joute quasi-professionnelle. Sándor Márai y fait preuve une nouvelle fois de ses qualités de chirurgien des âmes, au style toujours aussi fluide, aussi précis et en même temps poétique auquel nous ont accoutumés ses autres romans et très agréablement rendu par sa traductrice Catherine Fay.
 Conçu et structuré comme une pièce de théâtre en trois actes, obéissant à la règle des trois unités de temps (un jour et une nuit d’hiver), de lieu (Budapest) et d’action, le roman nous entraîne dans les multiples pensées de son auteur, ici représenté par ce haut fonctionnaire (qui n’est jamais nommé, comme dans plusieurs autres romans de Márai), réflexions sur la guerre, le vieillissement (qui à cette époque-là est une obsession constante de Márai) le destin, la vie, l’amour, la mort, réflexions parfois un peu bavardes, mais toujours captivantes.
 
Suite de cette critique dans les prochains jours.

lundi 28 octobre 2013

"La sœur" a reçu le Prix Jean Bernard 2012

L'Académie Nationale de Médecine a décerné à "La sœur" de Sándor Márai le Prix Jean Bernard 2012 (en l'honneur du Professeur Jean Bernard, grand hématologue et écrivain, académicien français).
Ce prix annuel est destiné à  honorer une œuvre littéraire sur la médecine.
Il a été remis à la traductrice du roman, Madame Catherine Fay.
 
La sœur, paru chez Albin Michel en  2011, est récemment paru en livre de poche.