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dimanche 2 mars 2014

2013, un bon millésime pour l’œuvre de Márai


L’année 2013 a été un « bon cru » pour l’œuvre de Sándor Márai, riche en rééditions, traductions, et qui a vu aussi la parution d’un inédit en Hongrie.
Réédition chez Helikon (Budapest) de Ég és föld (Ciel et terre- épigrammes, aphorismes), Kassai őrjárat (Patrouille à Kassa – récit de son voyage dans sa ville natale en 1941-42), Eszter hagyatéka (L’héritage d’Esther – roman), Az igazi (L’authentique) et Judit …és az utóhang (Judith ...et appendice) qui constituent les quatre parties du roman paru en français sous le titre « Métamorphoses d’un mariage », Válás Budán (Divorce à Buda – roman) et Egy polgár vallomásai (Les confessions d’un bourgeois - avec la mention « édition intégrale, non censurée » !).
Des nouveautés : Beszéljünk másról? Publicisztika 1943–1978 (Pouvons-nous parler d’autre chose ? 1943-1978 –chroniques), Régi Kassa, álom… (Ancienne Kassa, un rêve... – d’après la présentation, il semble qu’il s’agisse d’une anthologie de textes sur Kassa, sa ville natale).
Helikon poursuit aussi l’édition du Journal : en 2013 est paru le volume des années 1964 à 1966.

Dépôt de gerbes au pied de la statue de Sándor Márai,
à Košice, le 11 avril 2013
Et surtout est paru en avril 2013, toujours chez Helikon, l’inédit Hallgatni akartam (J’ai voulu me taire – continuation des « Confessions d’un bourgeois » à partir de 1938, voir mon article du 12 août 2013).


Régi Kassa, álom… a été présenté le 11 avril 2013 (anniversaire de Márai) à  Košice - Kassa (alors capitale européenne de la culture), après une cérémonie officielle près de sa statue.
Des traductions aussi :

en français : Les mouettes (traduction de Siraly - « Mouette»)
en italien : Sinbad torna a casa (traduction de Szindbád hazamegy –
« Sinbad rentre »)
en allemand : Die Frauen von Ithaka (traduction de Béké Ithakaban
– « Paix à Ithaque »)
en portugais : A Irmã (traduction de A növer
– « La sœur »)
en castillan : Liberación
(traduction de Szabadulás -« Libération »)

 
Signalons enfin que la plupart des romans traduits en allemand sont maintenant disponibles en livre électronique.
Espérons que l’année 2014 sera elle aussi un bon millésime pour la diffusion de l’œuvre de Sándor Márai.

dimanche 13 octobre 2013

Appartement à louer

(Kiadó lakás)
extrait de Ciel et terre, d'après la traduction allemande d'Ernö Zeltner

Je passe devant notre maison de Kassa et je vois à une fenêtre du rez-de-chaussée l’avis manuscrit « Appartement à louer ». Le concierge me conduit au premier étage, il a toutes les clés. Oui, dit-il, l’appartement est vide, il est à louer, et il ouvre la porte sur la grande salle à manger.
Quand nous en étions partis, la maison où j’avais passé mon enfance avait été vendue aux enchères et un ramoneur avait emménagé dans l’habitation. Lui-même se servait des pièces du bâtiment sur le jardin et désirait louer les beaux locaux d’habitation. Sans un mot je regardais autour. Ici c’était la salle à manger, la partie la plus haute, avec des colonnes et des arcs, d’où un escalier conduisait dans la grande salle basse marron, où se trouvait le poêle de faïence. De là on pénétrait dans la pièce sombre, la chambre à coucher du père, cette grotte secrète, un genre de caverne de chef indien avec des dessins de buffles sur les murs, puis la grande pièce sur la rue avec les murs à arcades, le beau sol et les niches noblement arquées dans le mur pour la bibliothèque. Tout cela est maintenant vide et serait à louer. Je regardais intéressé autour de moi, le chapeau et les gants dans la main gauche, et posais quelques questions factuelles au concierge.
pour lire la suite cliquer sur

mardi 10 septembre 2013

Un jour à Kassa

(Egy nap Kassán)
extrait de Ciel et terre, d'après la traduction allemande d'Ernö Zeltner

Maison de l'enfance de S. M.
à Kassa**

Un jour je suis pourtant allé à Kassa, avec l’express, comme on va à Szeged ou à Makó, sans excitation particulière ni émotion intérieure : en route j’ai lu le « Journal » de Green et m’y suis absorbé ; ce que je lisais m’intéressait plus que le trajet ; le train s’est arrêté et je suis descendu à Kassa sans passeport ni visa*, j’ai traversé le petit bosquet entre la gare et la ville et me suis trouvé une chambre d’hôtel, j’ai flâné dans les rues, j’ai regardé les anciennes et les nouvelles maisons, je suis allé à l’immeuble où nous avons vécu pendant une période, et sous la voûte sombre qui relie l’entrée avec la cour volaient des chauve-souris, au premier étage de la maison je suis resté devant la fenêtre, c’est ici que sont nés mes frères et ma sœur, j’ai pris l’escalier que mon père descendait tous les jours pendant quarante ans, le cigare à la main, bien nourri, gai et solennel,
Musée Márai à Kassa****
  je suis allé alors à l’autre maison dont l’entrée est toujours
  surmontée de nos armoiries (photo de gauche) ;
je suis allé à l’auberge, où on ne me connaissait pas, observé
la montagne où, une fois, en hiver, un chat sauvage s’était  caché dans la chapelle et où, quand la guerre*** éclata, nous vivions dans une vieille maison de campagne ; le soir je suis passé dans la rue des filles légères le long des fenêtres éclairées et j’ai dévisagé les prostituées rêvassantes qui tristes et indifférentes se reposaient dans cette marseillaise indolence et insouciance derrière les vitres illuminées des devantures, à la fin de la rue j’ai trouvé la plaque de la sage femme dont le fils était avec moi au lycée – il s’appelait Gurka – et, vers minuit je me suis arrêté devant l’église des Dominicains, au clair de lune sur la place pavée de pierres blanches, qui dans son éclat argenté faisait penser tout à fait à l’Espagne, rappelait des exécutions et le Moyen-Âge, et je pensais : « Tout est à sa place. Très beau, très juste. »

Peut-être aussi, seulement la cathédrale, l’ancienne avec sa beauté hautaine, inspirant la crainte, avec la puissante tension de ses arcs et voûtes, des colonnes et pointes, était … Complètement seul, j’étais à Kassa. Dans une cave j’ai bu du vin, puis je suis rentré à l’hôtel, j’ai baillé et ai sombré dans le sommeil. Alors j’ai vu, en rêve, pour un instant, des larmes dans les yeux, Kassa, la vraie, l’exacte – mais seulement pour un court instant.
 
* sans passeport ni visa : Kassa avait été tchécoslovaque de 1919 à 1938 et les hongrois qui voulaient s’y rendre devaient alors obtenir un visa
** photo exposée au Musée mémorial Márai (voir note suivante)
*** il s'agit bien sûr de la première guerre mondiale
**** maison où les parents Grosschmids (patronyme de Sándor Márai) ont vécu de 1913 jusqu'à leur expatriation et où est aujourd'hui installé un petit musée mémorial
 

mardi 20 août 2013

Patrouille à Kassa

Je reprends le titre d'une œuvre de Márai "Kassai őrjárat" (que je n'ai encore malheureusement pas pu lire, car il n'en existe pas de traduction dans une langue que je connaisse) pour relater ma recherche de souvenirs de l'écrivain dans sa ville natale, comme le proposait le site  hlo.hu. (voir article du 6/7/2013)  

Entre deux rencontres que l'évocation de Márai ont bien facilitées (Merci Hélène, merci Eszter), j’ai laissé mon vagabondage nourrir mon imagination. Sans suivre exactement l’itinéraire que suggérait hlo.lu, j’ai croisé dans ces lieux avec le souvenir que j’avais de mes lectures de Sándor Márai.
Mais pour une lecture plus facile, je vais reprendre l’ordre suggéré par hlo.lu en y ajoutant quelques variantes.
pour lire la suite, cliquer ci-dessous sur "Plus d'infos".


samedi 6 juillet 2013

Sur les pas de Márai à Košice – Kassa

Le site hlo.hu a publié une invitation à suivre les pas de Márai dans sa ville natale de Kassa devenue aujourd'hui Košice, capitale européenne de la culture en 2013.  En voici une traduction (le texte disponible sur http://www.hlo.hu/news/marai_in_kassa est en anglais).
 
Suivez les pas de Márai dans sa ville natale ! Une promenade dans Košice/Kassa, capitale européenne de la culture en 2013, en mémoire du plus connu de ses enfants dans le monde.
Cette année la ville slovaque de Košice – Kassa en hongrois, Kaschau en allemand - est « Capitale Européenne de la Culture » (avec Marseille). Plusieurs événements sont consacrés à Sándor Márai, certainement la plus connue au monde des personnalités nées dans cette ville. Bien que Márai fut un globe-trotter et qu’adulte il ne revint dans sa ville natale que pour des vacances, la ville joue un rôle si important dans ses œuvres que lors de sa visite à Košice, Otto de Habsbourg disait qu’il connaissait parfaitement la ville grâce aux livres de Márai (Košice appartenait à la Hongrie en 1900 quand Márai y naquit, devint partie de la Tchécoslovaquie après la première guerre mondiale, fut temporairement recédée à la Hongrie en 1938, puis revint à la Tchécoslovaquie après la deuxième guerre mondiale, puis à la Slovaquie après la scission d'avec la République Tchèque).
Nous vous invitons à vous balader dans les endroits où Márai se promenait enfant, puis jeune amoureux et jeune écrivain, puis à déguster le vin préféré de l’écrivain.
Pour suivre cette ballade, cliquez ci-dessous sur 'Plus d'infos'.

mercredi 26 juin 2013

Košice - Kassa rend hommage à Márai


Maison natale de Márai
(à l'arrière-plan la cathédrale Ste Elisabeth)

Košice (aujourd'hui en Slovaquie), ville natale de Sándor Márai est cette année, avec Marseille,  capitale européenne de la culture.

L'ancienne Kassa (Kaschau pour les allemands, Cassovie pour les français) programme parmi un grand nombre d'événements, une "journée Márai" le 1er octobre 2013.

Dans la présentation (en anglais) de l'événement, la rédactrice reconnait : 
Statue commémorative à Košice (rue Zbrojničná)
"Sándor Márai is definitely the most well known Košice-born person in the world. Despite that, in the cultural area of the city and Slovakia he is still fairly unknown and a little cited persona."  

(Sándor Márai est certainement  la personne née à Košice la plus célèbre dans le monde. Malgré cela il est pratiquement inconnu dans la sphère culturelle de la cité et en Slovaquie et une personnalité peu citée.)
Il est assez étonnant que plus loin dans cette information la journaliste présente Sándor Márai comme un "globe-trotter" sans dire qu'il a passé la moitié de sa vie en exil forcé !

dimanche 23 décembre 2012

Messe de minuit

Messe de minuit le soir de Noël dans la cathédrale de Kassa* ; vingt ans après je revois et réentends cela pour la première fois. Mon émotion est froide et sans pathos. Il y a quelque chose de grand et d’éternel dans la cathédrale, dans les visages des gens, dans les ombres gris-jaunes, dans le silence de fer ; et derrière tout ça, l’enfance.
 
Oui, la ville et la cathédrale, elles restent – il faut les séparer de l’enfance, des gens, de l’actuel, de ce qui change et qui tombe en ruine, de ce qui est déjà terriblement étranger dans cette ville parce que connu de toute éternité par la chair, le sang et par le souvenir : pour nous ne peut vraiment mourir que ce qu’avec quoi nous avons été le plus familier. Le souvenir est mort et refroidi. Mais la ville et la cathédrale se tiennent dans une froide supériorité au dessus de tous les souvenirs et modifications : et cela avec une indifférence qui est inhumaine, comme seules de grandes œuvres d’art peuvent regarder de haut celui qui les a créées et qu’elles ont créé.



* Kassa, aujourd'hui Košice en Slovaquie, est la ville natale de Sándor Márai. Au moment où il écrit ces lignes, Kassa rattachée en 1920 à la Tchécoslovaquie par le traité de Trianon, est redevenue hongroise par la "grâce" d'Hitler et de Mussolini au premier arbitrage de Vienne (1938) et Márai a pu retourner dans cette ville qu'il évoque en particulier dans "Les Révoltés"

Extrait de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner

lundi 29 octobre 2012

Au minimum

Je ne savais pas que cette cathédrale, cette splendeur de ma ville natale, cette perfection construite avec le soin et le sens artistique de siècles, était si grandiose. Avec un ravissement ému je contemplai chacune de ses pierres. Il y a peu de choses comparables en Europe, peut-être vingt ou vingt-cinq. Ces quelques tours de cathédrales, de Chartres, de Reims, de Cologne, de Kassa* signifient l’éternelle Europe dans l’écoulement du temps.
Mais la cathédrale attire aussi l’attention sur autre chose. Dressant  sa tour tronquée
, comme l’index mutilé d’une main, elle dit : « Dans cette ville a été construite une œuvre admirable, un évènement mondial. Lève ton regard, attentif, puis incline la tête, plein d’humilité. L’homme ne compte qu’autant qu’il saisit les grands symboles. L’homme ne vit que s’il construit quelque chose. Au minimum une cathédrale, pour des siècles. Comprends-tu ? »

Je comprends et m’en vais attristé.

 
* Aujourd'hui Košice en Slovaquie, ville natale de Sándor Márai

Extrait de "Ars Poetica", deuxième partie de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner

samedi 28 janvier 2012

Dimanche

Dimanche après-midi à Kassa, pour la première fois à nouveau depuis vingt cinq ans. Avec dans l’air l’odeur lourde de la souffrance épaisse, la souffrance de l’enfance. Cette tristesse et cette désespérance, la nervosité enfantine des dimanches, la semi obscurité des cafés, au milieu des cartes postales, comme autrefois dans la chambre d’enfant dominicale, quand le précepteur était parti et que nous étions restés seuls avec la scie, les livres de Jules Verne et le jeu de construction … Quelque part on joue aussi maintenant du piano. Il pleut. Dans la rue sous la fenêtre flânent en chantonnant des filles slovaques et des garçons hongrois en uniforme. Cette désespérance est profonde comme le temps, et aucun évènement extérieur ne peut la dissoudre. Le dimanche après-midi j’avais toujours envie d’aller au cirque. Toute la souffrance de l’enfance me tombe dessus et me terrasse dans ces heures ; le monstre, le monstre de l’ennui et l’attente terrifiante rode encore aujourd’hui dans ces maisons, derrière les fenêtres, sous ces portes cochères … Et ce qui est peut-être le plus triste : il n’y a plus de cirque dans ce monde dont j’ai encore envie de voir les numéros.
Extrait de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner


mardi 22 novembre 2011

La Cathédrale

La cathédrale Ste Elisabeth à Košice (anciennement Kassa, ville natale de Sándor Márai)


LA CATHÉDRALE
L’homme considère les cathédrales depuis longtemps comme des oeuvres d’art. Il se promène sous ses ogives, admire les ostensoirs, les stalles sculptées, leurs trésors. Et tout cela avec une attention polie, peut-être sont-ils enthousiasmés. Oui bien sûr, la cathédrale de Florence, de Chartres, de Paris, la cathédrale de Kassa.
Et puis la vie souffle avec sa tristesse, ses expériences et sa désespérance. Et un jour nous commençons à envier les vieux, les vieillards, les vieilles femmes rabougries, qui – à Florence, Chartres, Paris ou Kassa– viennent dans la semi-obscurité de la cathédrale pour prier, y faire un roupillon ou aussi simplement se perdre dans leurs souvenirs et n’ont aucune idée des chefs d’œuvre devant lesquels ils s’agenouillent. C’est pour eux que la cathédrale a été bâtie. Leur naïveté est le véritable sens d’une cathédrale.

Extrait de "Ciel et terre"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner




vendredi 11 novembre 2011

Armistice

Souvenir de la fin de la sanglante boucherie qui a dévasté l'Europe il y a presqu'un siècle. Sándor Márai y a échappé. Son "inaptitude" a-t-elle eu à voir avec la notabilité de son père ?
Pour la Hongrie les combats avaient déjà cessé depuis le 3 novembre, mais cette guerre retentira dans l'oeuvre de Márai par ses conséquences et surtout par la séparation de sa ville natale, Kassa, du territoire et de la langue hongroise, au traité de Trianon (4 juin 1920).

dimanche 30 octobre 2011

Ebauche de biographie

Sándor Károly Henrik Grosschmid (il signera Sándor Márai, d’un titre porté par sa famille, à partir de 1919) nait à Kassa (alors chef-lieu de la Haute Hongrie, aujourd’hui Košice en Slovaquie) le 11 avril 1900, premier enfant de Gezá Grosschmid juriste et de Margit Ratkovszky professeur au Lycée de jeunes filles.
Après des études, d’abord avec des précepteurs puis dans différents lycées (il est assez indiscipliné) il passe son baccalauréat en 1918 et est déclaré inapte au service militaire la même année. En 1919 pendant la révolution des conseils de Béla Kun, il écrit dans un journal révolutionnaire.
L’errance
Après la défaite des communistes Sándor Márai part étudier en Allemagne, d’abord à Leipzig, puis à Francfort et Berlin, où il mène une vie très libre, vivant essentiellement des subsides envoyés par son père et d’articles qu’il écrit pour des journaux hongrois et allemands dont la prestigieuse « Frankfurter Zeitung ». Il écrit des critiques, des pièces de théâtre et traduit Kafka en hongrois
En 1922 il rencontre à Berlin Ilona Matzner (Lola), une jeune fille de Kassa qu’il connaissait déjà. Il en tombe amoureux et ils se marient à Budapest l’année suivante. Ils s’installent à Paris où ils resteront cinq ans. Sándor Márai y fréquente écrivains et artistes, vit assez pauvrement et fait quelques voyages dont un assez long au proche orient qui donnera lieu à un livre (« Sur la trace des Dieux »*). Excepté un roman « Le Boucher »*, son activité littéraire est alors essentiellement journalistique : il envoie régulièrement des chroniques à des journaux hongrois et commence à se faire une notoriété dans son pays.
Le succès
En 1928 Sándor Márai et Lola reviennent en Hongrie et s’installent à Budapest (Kassa était devenue tchécoslovaque par le traité de Trianon en 1919). Alors commence une activité littéraire intense et prolifique (jusqu’à quatre œuvres majeures par an) très rapidement reconnue dans son pays et qu’il n’interrompra en 1944 qu’en protestation contre l’occupation allemande de son pays et la prise de pouvoir par les fascistes des croix fléchées. De cette époque datent notamment les romans « Premier amour » (1928), « Les révoltés » (1930), « Un chien de caractère » (1932), « Les confessions d’un bourgeois » et « L’étrangère » (1934), « Divorce à Buda » (1935), « Patrouille à l’ouest »* (1936), « Les jaloux »* (1937), « L’héritage d’Eszter » (1939), « La conversation de Bolzano » et « Sinbad rentre chez lui »* (1940), les deux premières parties de « Métamorphoses d’un mariage » (1941), « Les braises » (1942), « La mouette »* (1943),. Tout en publiant des chroniques régulières dans des journaux, il écrit aussi pendant cette période des pièces de théâtre, des essais comme « Ecole pour les pauvres »* (1933), et plusieurs recueils de « formes courtes » (réflexions, aphorismes, poèmes en prose …) comme « Les quatre saisons »* ou « Ciel et terre »**. Sans jamais s’agréger à une quelconque coterie littéraire, il entretient des rapports de bon voisinage avec ses confrères contemporains comme Dezső Kosztolányi ou Zsigmond Móricz et une correspondance régulière avec Tibor Déry.
Des années noires
Déjà assombrie par les événements politiques (Régence dictatoriale ultra conservatrice de l’amiral Horthy, arrivée d’Hitler au pouvoir, Anschluss, puis deuxième guerre mondiale) la vie de Sándor Márai subit à cette époque plusieurs épreuves personnelles majeures. D’abord en 1934 la mort de son père à qui le liait une profonde affection et estime, puis en 1939 le décès à six semaines de son unique enfant, Kristóf. (Vers la fin de la guerre, il adoptera Janós un orphelin, ou enfant abandonné, on ne sait pas trop). Et enfin au retour du village où il avait trouvé refuge pendant le siège de Budapest, il retrouve sa maison en ruines.
Après la « libération » de la Hongrie et la prise de pouvoir progressive d’un régime communiste au sein d’une république populaire qui d’abord l’honore (nomination comme Secrétaire Général de L’Union des Ecrivains en 1945, puis élection à l’académie des sciences en 1947) puis le tolère, il publie encore quelques romans comme « La sœur »* (1946) et « Les offensés »* (1947 – 1948) mais fait l’objet de critiques de plus en plus virulentes, en particulier du grand intellectuel marxiste George Lukács. Petit à petit il se fait à l’idée de quitter son pays.
Il racontera beaucoup plus tard (1972) la période des années de la fin de la guerre à son exil dans le passionnant « Mémoires de Hongrie ».
Départ en exil
A l’occasion d’une rencontre internationale d’écrivains à Genève il obtient facilement un visa pour lui et sa famille (il semble que le régime soit plutôt content d’être débarrassé d’une voix qu’il aurait eu du mal à faire taire, alors qu’une fois l’écrivain parti il le fera purement et simplement disparaître des rayons des bibliothèques et des librairies, à la manière de ces photos retouchées où les proches disgraciés disparaissaient dans l’iconographie officielle). Après quelques semaines passées en Suisse qui se révèle trop onéreuse pour ses faibles ressources, il refuse une offre de son éditeur allemand de s’installer en Allemagne où son dernier roman traduit (La mouette) a eu un gros succès, estimant « qu’il ne trouve aucun contact spirituel avec les allemands. Je vais déménager en Italie où rien ni personne ne m’attend. »
Loin de la patrie
Il s’installe en effet à Naples dans le quartier de Pausilippe, où il situera plus tard son roman « Le miracle de San Gennaro » (publié en allemand en 1957, puis en hongrois en 1965). Il fait fréquemment des voyages à Rome, où il est missionné par Radio Free Europe pour des émissions régulières destinées à la Hongrie et auxquelles il ne mettra fin qu’en 1967, « couvrant » notamment la période de l’insurrection de 1956. Pendant cette période, il lit beaucoup mais à part la tenue de son journal et l’écriture d’articles pour les journaux de l’émigration, son activité littéraire est alors moins intense et se borne à la publication de « Paix à Ithaque » (1952).
New York (1952-1967)
Préoccupé par l’éducation de Janós et la situation politique italienne incertaine, il part en 1952 aux Etats-Unis (dont il devient citoyen en 1957) où il s’installe à New York. Pendant ce premier séjour américain il effectue plusieurs voyages dont un périple à travers les Etats Unis qui seront l’occasion d’un journal de voyage « Le vent vient de l’ouest »*. Son activité littéraire se réduit encore. A part « Le miracle de San Gennaro » déjà cité il ne fait paraître que son journal de 1945 à 1957 et une pièce en vers « Un monsieur de Venise ». Sándor Márai se transforme en éditeur de ses œuvres qu’il diffuse auprès d’amis et de librairies hongroises dans le monde. Il passe beaucoup de son temps dans les bibliothèques publiques et dans les musées mais malgré le confort américain il regrette l’Europe et en mai 1967 se décide à retourner en Italie.
Sous le soleil de la Méditerranée (1967-1980)
Les Márais emménagent à Salerne. Ils profitent de la proximité immédiate de la mer (l’un et l’autre aimaient beaucoup la natation) et mènent une vie très calme. Sándor Márai continue à éditer lui-même certains de ses ouvrages comme son journal des années 1958 à 1967 ou un roman « Un fortifiant »* (1975). Paraissent également pendant cette période chez divers éditeurs « Le jugement de Canudos »* (1970), « Il s’est passé quelque chose à Rome »* (1971), « Mémoires de Hongrie » (déjà cité), la dernière partie de « Métamorphoses d’un mariage » (1980), son journal des années 1968 à 1975 et une anthologie de poèmes « Le dauphin regarde en arrière »* (1978). Mais des problèmes de santé préoccupent le couple (Sándor victime d’une hémorragie intestinale doit passer un mois à l’hôpital) et ayant peu confiance dans le système de santé italien ils décident en mai 1980 de retourner aux Etats-Unis.
Dernières années, dernières épreuves (1980-1989)
Cette fois c’est sur la côte pacifique, à San Diego, que s’installent Sándor Márai et Lola, à une soixantaine de km de leur fils János. Il écrit peu en dehors de son journal : une pièce de théâtre « Job … et son livre »* (1982) et deux romans « Les trente deniers »* (1983) et « Amour de cœur »* (1985).  La santé de Lola se dégrade : quasi-cécité, fréquentes pertes de connaissance, dégradation des facultés mentales puis cancer. Et Sándor lui-même est victime d’un glaucome qui diminue fortement sa vue. Il se dévoue entièrement au soutien de Lola jusqu’à son décès le 4 janvier 1986. Il perd successivement son frère Gabor, sa sœur Kato puis le benjamin de ses frères le metteur en scène de cinéma Gezá von Radványi, et enfin son fils adoptif János (23 avril1987) d’une forme brutale d’endocardite. On commence à se souvenir de lui en Hongrie, mais il décline toute forme de « re-connaissance ». Le 22 février 1989 il se tire une balle dans le crâne. Selon sa volonté ses cendres sont dispersées dans le Pacifique comme l’avaient été celles de Lola et de János.
Sources
  • Ernö Zeltner : Sándor Márai - Ein Leben in Bildern, en allemand, Piper Verlag GmbH, München (2001)
  • Sándor Márai : Tagebücher 2 – 1984-1989 (en allemand, traduit du hongrois par Hans Skirecki), Oberbaum Verlag GmbH, Berlin (2001)
  • Sándor Márai, Tibor Simanyi : Lieber Tibor – Briefwechsel (en allemand, traduit du hongrois par Tibor Simanyi), Piper Verlag GmbH, München (2002)
  • Wikipédia allemand, français et hongrois : notices sur Sándor Márai
  • Base littéraire plurilingue de la fondation hongroise du livre,
    versions française et allemande (http://www.hunlit.hu/index.d2?language=fr et http://www.hunlit.hu/index.d2?language=de)


* Les ouvrages portant un titre suivi d’un astérisque ne sont pas traduits en français (à la date du 30/10/2011). Les titres indiqués sont extraits de la « Base Littéraire plurilingue de la fondation hongroise du livre » (voir « Sources »)