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lundi 28 octobre 2013

"La sœur" a reçu le Prix Jean Bernard 2012

L'Académie Nationale de Médecine a décerné à "La sœur" de Sándor Márai le Prix Jean Bernard 2012 (en l'honneur du Professeur Jean Bernard, grand hématologue et écrivain, académicien français).
Ce prix annuel est destiné à  honorer une œuvre littéraire sur la médecine.
Il a été remis à la traductrice du roman, Madame Catherine Fay.
 
La sœur, paru chez Albin Michel en  2011, est récemment paru en livre de poche.

samedi 5 octobre 2013

Un nouveau roman de Márai traduit en français

A paraitre en novembre, chez Albin-Michel
Les mouettes
traduction de Catherine Fay

Un roman qui dans le temps (1943) se situe entre "Les Braises", le livre qui a donné à Sándor Márai sa notoriété en France et un autre chef d'œuvre "La sœur" dont la traduction est parue il y a deux ans.
 
On y retrouve l'art de la conversation, envisagée presque comme un combat, qu'affectionne Márai. Deux êtres étrangement liés par une ressemblance se (re)trouvent dans un Budapest à côté de la guerre. Un Budapest tout de même englué dans le conflit mondial, dans lequel chacun des deux est impliqué d'une certaine manière.
 
Ambiance hivernale, glaciale, nocturne. Un roman en noir et blanc où Márai fait une fois encore preuve de son grand talent pour décortiquer les ressorts intimes des hommes et des femmes.

dimanche 4 mars 2012

Je ne veux plus "écrire" de "romans"

J’ai achevé « La sœur ». Et je crois que j’ai aussi terminé ma carrière de « romancier » … en tout cas je l’ai achevée dans le sens où j’ai pratiqué ce genre ces dernières années.
Je ne veux plus « écrire » de « romans »*. Je veux seulement écrire, comme me le dictent la grâce de Dieu et mon humeur aussi longtemps que je peux, sans me contraindre aux limites définies du genre. Amen  

Extraits du journal de l'année 1945, d'après la traduction allemande de Clemens Prinz
(Sándor Márai, Unzeitgemäße Gedanken, Tagebücher 2, 1945 / Piper Verlag, 2009) 
* Après cette mention dans son journal (vraisemblablement mi-avril 1945) Sándor Márai écrira essentiellement "pour le tiroir" et ne produira plus que quelques romans (Paix à Ithaque, Le miracle de San Gennaro, Libération - posthume - et un roman policier dont il parle dans son journal de 1985 ) tout en rassemblant des parutions antérieures.

dimanche 12 février 2012

A propos de "La soeur" et de la médecine

Bientôt au bout de « La sœur ». Qu’est-ce qu’un médecin ? Pour moi un médecin est un homme qui ne connaît pas de « petites » ou de « grosses » maladies, des « cas » communs ou exceptionnels ; c'est quelqu’un qui entre dans une chambre où un malade est allongé, ausculte le cœur et les poumons, qui dans la salle de bains arrange l’évacuation, parce que le malade en a besoin et qu’il n’y a pas de plombier sous la main, qui donne des conseils pour la cuisine, qui discute avec le patient comment régler ses problèmes matériels désagréables, qui quand c’est nécessaire pratique aussi un accouchement ou incise un furoncle, bien que ça ne soit pas sa « spécialité » ; qui pendant l’examen, en passant, masse les muscles de la jambe du malade qui sont engourdis d’être allongés … c’est simplement un médecin. Donc pas un « scientifique ». Si c’est un scientifique, il ne doit pas être médecin, il ne doit pas clouer de plaque émaillée avec l’inscription méd. génér. Hippocrate était médecin, c’est-à-dire aussi prêtre et pédicure, sage-femme et spécialiste de médecine interne, thérapeute, barbier et il administrait des lavements.
Extraits du journal de l'année 1945 d'après la traduction allemande de Clemens Prinz
(Sándor Márai, Unzeitgemäße Gedanken, Tagebücher 2, 1945 / Piper Verlag, 2009) 

Je dédie ce petit texte aux médecins de ma famille, à mes pères, à mes petits enfants dont beaucoup envisagent un métier "de santé" et à tous les médecins du type décrit  que j'ai rencontrés dans ma vie.

jeudi 26 janvier 2012

Sándor Márai parle de "La soeur" dans son journal

Au milieu de soldats kirghizes et mongoles traînaillant et sous le tonnerre de feu qui vient de Budapest, complètement lessivé et pourtant avec une totale concentration, j’écris la suite de « La sœur ». Ce n’est peut-être pas convenable d’avoir ce comportement pour une personne « sensible et compatissante » ; mais je ne peux rien faire d’autre, je ne suis qu’un homme.
plus loin
Les dernières pages de « La sœur ». Ce serait pourtant bien de répondre à la question, de ce qu’est la maladie. Car « ordre du monde blessé » et « dieu malade » ne sont que des mots.
Je n’ai pas de réponse. Certainement la maladie est une posture : plus exactement le manque de posture. Un jour l’homme devient lâche ou stupide ou pèche, et alors il tombe malade. Pourtant ça ne peut pas s’analyser. Il y a des maladies qui guérissent parce qu’on les traite. Et il y a des maladies que l’on ne traite pas et qui pourtant guérissent. Et il y a des maladies qui guérissent malgré le traitement. Et il y a des maladies dont nous n’apprenons jamais pourquoi elles guérissent, grâce ou malgré le traitement. Il faudrait disposer de deux exemplaires de chaque malade – traiter l’un et l’autre pas –, pour être fixé.
Je crois que la maladie, pour une grande partie, est une auto-punition ; puis de la lâcheté ; et pour finir expression de panique, cette panique qui saisit l’homme de temps en temps dans le chaos terrible de l’être.
plus loin encore (il raconte la même anecdote dans "Mémoires de Hongrie" mais sans faire allusion à "La soeur")
A midi, visite d’un groupe de russes. Des officiers. Ils sont six, ne demandent pas à manger, ni à boire, s’entretiennent amicalement. Ils regardent les livres, se renseignent si j’aurais aussi des livres russes. L’un d’eux prend l’édition allemande d’un roman de Tolstoï ; leur chef, un major moscovite, dit d’un ton sévère que des troupes allemandes et hongroises ont dévastés Iasnaïa Poliana. Ils s’intéressent à ma machine à écrire, le major se penche sur mes manuscrits et me prie de lui donner quelques doubles de mon manuscrit en souvenir ; il reçoit quelques pages de « La sœur » et le range précautionneusement dans son porte-carte. En prenant congé il dit : « Ecrivez qu’un major russe est venu ici et qu’il ne vous a rien fait de mal. ». Je l’écris.
Extraits du journal de l'année 1945 d'après la traduction allemande de Clemens Prinz
(Sándor Márai, Unzeitgemäße Gedanken, Tagebücher 2, 1945 / Piper Verlag, 2009) 

mercredi 21 décembre 2011

La Soeur - Présentation de l'éditeur

Ecrit juste après Les Braises, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, La Soeur est le dernier livre que publie Sandor Marai en Hongrie, peu avant son exil. Ce très grand romancier de la Mitteleuropa y est au sommet de son art. En 1939, un pianiste hongrois en pleine gloire est brusquement hospitalisé à l’issue d’un concert à Florence, victime d’un mal mystérieux. Il va passer trois mois en proie à de grandes souffrances, dans un état quasi-hallucinatoire parfois, tandis que quatre infirmières, des religieuses à la fois bienveillantes et un peu inquiétantes, lui dispensent l’oubli à coups de morphine. Ce sont ses "rendez-vous chimiques" qu’il attend avec l’impatience d’un amant. Tandis qu’au-dehors la guerre se déchaîne, Z mène à huis clos un combat contre un mal intérieur dont il cherche les causes. Il revisite la relation passionnelle qu’il entretient depuis plusieurs années avec une femme mariée, belle et frigide. Un bonheur qui se nourrissait du manque et du déni. Mais la dépossession de soi qu’engendre la maladie est peut-être le premier pas vers une renaissance. Dans ce roman contemplatif, somnambulique et profond, Marai développe une réflexion subtile sur la maladie comme révélateur, l’impuissance de l’artiste, l’amour instrument de vie et de mort, mais aussi sur le don de soi et la générosité qui sauve.

lundi 12 décembre 2011

Critique du Monde des livres sur "La soeur"

...
On reconnait déjà dans ce huis clos le charme et la compétence de l'auteur. Mais ce roman publié en 1946, quatre ans après Les braises, développe des ambitions nouvelles chez Marai. Il ne s'agit plus de décrire un rapport entre deux personnes mais de façon plus intime, du questionnement d'un homme seul, sûr de lui-même, à qui la vie fait découvrir ses faiblesses, ses lâchetés et ses insuffisances....  
 Jean Soublin

Le Monde des livres 10.11.11
http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/11/10/la-soeur-de-sandor-marai_1601740_3260.html

mardi 6 décembre 2011

Sur "La sœur", dernier roman paru en français

Qu’on ne s’y méprenne pas. Ce roman ne traite pas d’une relation familiale. La sœur (le titre hongrois serait plus justement traduit par « L’infirmière ») dont il est question est l’une des quatre religieuses (mais laquelle ?) qui soignent pendant plusieurs mois le personnage principal du dernier roman paru en français de Sándor Márai, un célèbre pianiste, Z., tombé brusquement et mystérieusement malade à la fin d’un concert à Florence.
Mais le titre n’est pas l’élément le plus déroutant du roman. Comme bien souvent chez Sándor Márai, « La sœur » comporte plusieurs parties bien distinctes et la première partie qui se déroule dans une auberge de montagne hébergeant pour les fêtes de Noël une société très mélangée semble, malgré un incident tragique (le suicide d’un couple illégitime et insignifiant), ne servir qu’à introduire la relation qui s’établit entre le narrateur et Z. Et à justifier que ce dernier lui lègue le récit de la maladie qui l’a éloigné des salles de concert et même de la société qu’il fréquentait auparavant.
Tout ce roman tourne autour de la vie, de la mort et de la maladie, constitue une longue réflexion sur les forces obscures qui gouvernent l’âme et le corps,
leurs faiblesses, leurs dérèglements. Z. sortira de sa maladie de manière aussi mystérieuse qu’il y est entré mais pas sans dommages.