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lundi 27 août 2012

Vivre avec un secret

Vivre avec un secret comme les gens des temps passés, qui racontaient tout, couchaient tout sur le papier ou avouaient tout, mais justement pas ce qui consumait leur cœur ; vivre comme autrefois les poètes ou les officiers de la garde qui se battaient en duel pour un malentendu, mais n’auraient révélé un nom précis pas même sur le banc de torture – et des bancs de torture, il y en a beaucoup  –, vivre avec un sceau sur le cœur et les lèvres, regarder au ciel, parler de tout et ne se taire que sur une chose, jusqu’à la mort, comme le fit Pouchkine. Ecrire un poème, un roman là-dessus* ? Se tourner vers la psychanalyse ? Jamais.

Extrait des "Quatre saisons"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner

* C'est un thème très fréquent chez Sándor Màrai, en particulier dans "La mouette" (pas encore paru en français), roman qu'il écrivait à la même époque.

lundi 16 juillet 2012

Doute

Possible qu’elle n’ait pas encore été terminée ? …

- seulement cela a dégouté Dieu

et il la laissée comme ça le septième jour.
Extrait des "Quatre saisons"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner

Souvenir de Bretagne

L’image de ce paysage revient toujours avec une étonnante familiarité à l’état de veille comme en rêve. Comme si j’avais laissé quelque chose là-bas. A Morlaix le marché aux poissons. A Trégastel les falaises rouges sur la mer, l’eau d’un bleu profond, cette nature sérieuse, luxueuse. A Roscoff le figuier centenaire dans la cour. Les pêcheurs à St Malo, la manière dont ils vivent et travaillent, graves et muets, selon des règles héritées du moyen-âge, des rituels des éléments et de la ville incarnés. Mais ce n’est qu’accessoires, travestissement du souvenir. Ce qui sans répit me parle et me crie de ce paysage, c’est le fatidique, comme si j’avais déjà vécu là-bas. Il existe de tels endroits. Et brusquement ils t’embrassent. Et tu ne peux rien faire contre.

Extrait des "Quatre saisons"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner

mardi 5 juin 2012

Le regard de Sándor Márai sur ses confrères en littérature

Une nouvelle page en construction

Sándor Márai était un grand lecteur et à partir de son recueil "Quatre saisons, poèmes en prose" et surtout dans "Ars Poetica", deuxième partie de "Ciel et terre" il livre à ses lecteurs ses jugements et appréciations sur des écrivains passés ou de son temps. Dans les journaux qu'il tient il note aussi fréquemment ses impressions de lecture.
J'essaye de rassembler les textes que Sándor Márai consacre à différents écrivains sur une nouvelle page de ce blog "Le regard de Sándor Márai sur ses confrères en littérature" (voir les onglets en tête de blog).
A côté des plus grands noms comme Shakespeare ou Goethe, vous aurez peut-être l'occasion aussi d'y découvrir des auteurs moins connus en particulier hongrois, bien sûr, qui vous donneront comme à moi l'envie d'aborder des rivages moins familiers de la littérature européenne.

Cette page est en cours de construction et risque de ne pas être de bonne qualité pendant un certain temps. Pardonnez m'en (je ne suis pas un grand expert de l'éditeur de ce blog !)

samedi 2 juin 2012

Eger

Je suis arrivé à Eger vers le soir et j’ai vu immédiatement que c’était une ville, pas une ville comme Budapest ou Berlin, une plus authentique, une ville comme Chartres, Késmärk, ou Nuremberg. Quand je passai le long de la basilique, les lampadaires étaient déjà allumés, les ruelles voisines s’animaient d’ombres bleues et brunes. Tout un peuple de prêtres se promenait autour sans but. Dans les arcades à échoppes, leurs murs étaient badigeonnés à l’extérieur de peinture à l’huile jaune, étaient assis des gantiers et des pharmaciens dans cette intimité singulière dans laquelle n’ont l’habitude d’être assis que les commerçants des véritables villes, eux ces adeptes prudents de la liberté qui pendant la saison hivernale organisent des soirées littéraires au casino. Dans la ville on sonnait constamment les cloches. Près de la maison du prieur, mains jointes, une femme était debout devant la lumière du saint sacrement et priait ; à Eger les gens prient encore d’une manière naturelle, aussi sur la place publique.

Le soir je suis allé au cinéma. L’homme à la caisse avait des yeux taillés à la turque.

Extrait des "Quatre saisons"
d'après la traduction en allemand d'Ernö Zeltner